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27 Nov 2017

DES MOTS ET DES BOUTS D’ HISTOIRE CHEZ B. & S.

Dernier ouvrage paru chez Bilk & Soul, la benjamine des maisons d’éditions comorienne, 12 Lectures. Un ouvrage critique, co écrit par Fathate Karine Hassan et Anssoufouddine Mohamed. Deux approches analytiques, portées par une même passion du sous-texte. Derrière les mots des auteurs, les bouts d’histoire, synonymes d’ancrage au réel d’un pays en quête de voix.

12 lectures. Un titre sans équivoque. Pour ces 12 critiques alignées, au travers d’un imaginaire littéraire de trente deux ans d’âge. De Saïndoune Ben Ali à Sadani Tsindami, en passant par Nassur Athoumani et Touhfat Mouhtare. Des univers souvent oubliés, méconnus, ignorés, parce que réservés à un petit cercle de lecteurs avertis. La nouvelle littérature comorienne publiée n’atteint pas le succès d’une oralité riche, bien que saluée par tous avec des trous de mémoire et honorée avec des auteurs rendus anonymes, à force. Les années passent, et le nombre de lecteurs en librairie ou en bibliothèque ressemble à peau de chagrin.

L’organisation d’un salon du livre, cette année, n’augure d’aucune bonne nouvelle, sur ce plan. Les promoteurs du salon, répondant à une demande de la coopération culturelle française dans le pays, n’ont fait que célébrer un début d’agapes (avec discours de président au grand hôtel de la capitale) et une fin de récit (avec dîner chez l’ambassadeur de France), sans interpeller le moindre quidam, qui, lui, semble incapable de disserter sur des livres qu’il n’a point lu. Un signe de ces temps, où le besoin d’inventer des festivals se concluent en des moments d’autocélébration culturelle (les autorités étaient fiers de se croire pionniers dans le secteur) ou se finit dans des endroits de parade (les auteurs et intellectuels y donnent l’impression d’exister, en s’affichant sur leur mur facebook), au lieu d’être cette occasion rare d’interroger les pratiques et les envies d’un paysage culturel rendu à moitié désert par l’absence de questionnements profonds.

Il y a trente deux ans, paraissait le premier roman comorien d’expression française : La république des imberbes[1]. Une secousse terrible dans le petit cercle fermé des lettres comoriennes, confiné qu’il était, jusque-là, dans des genres non « labellisés » (hale, nyandu, shinduantsi), issus d’une oraliture alors très peu étudiée par l’université (Damir Ben Ali était encore en train de défendre la viabilité des programmes du CNDRS), ignorée des praticiens de l’éducation nationale (noyée à l’époque dans les choix de Hatier, Nathan et Edicef pour les classiques à enseigner). Lorsque Mohamed Toihiri a fait servir son premier texte dans les bacs des libraires, l’opinion s’est montrée joyeuse. Publier était désormais à la portée du Comorien. Cependant, cette même opinion a paru sceptique à l’idée que l’on pouvait se mirer au travers des œuvres littéraires…

 

Pourtant, le rêve du msomo wa nyumeni, énoncé dans un recueil d’artisans, au contenu littéraire inégal, des nouvelles militantes, sorti deux années plutôt (1983), devenait réalité. La reconquête de soi par les mots de la littérature dans un espace, qui, jusque-là, s’était rendu inexistant dans les anthologies littéraires d’Afrique et de Madagascar valait son pesant d’or. Un principe fédérateur en soi autour de Toihiri, bien que la première œuvre, flattant l’égo archipélique, ne soit pas parvenu à rendre les interrogations d’une jeune littérature comorienne d’expression française palpables. Il aura fallu attendre les suivants, les « siens propres », à l’instar du Kafir du Karthala[2], ou les « siens autres », ceux de Baco Abdou ou d’Aboubacar Ben Salim[3], pour que les langues s’épanchent un peu plus, en conférence ou dans les médias, sur ces questions.

Tellement d’eau a coulé depuis ces années du premier roman qu’on en oublie l’essentiel de ce qui ravit Toihiri, ce pionnier, aujourd’hui, enseignant – après une brève carrière diplomatique – à l’université des Comores. Toihiri y transmet la passion des lettres françaises, nimbé de sa légende de premier élu des lettres nationales, sur le site de Mvuni, et s’enthousiasme de voir qu’une nouvelle génération de gens de lettres lui emboîte le pas. Une chance pour lui ! Personne n’a pensé à le convier au jeu des sept erreurs (le fait d’inviter, par exemple, les mauriciennes Ananda Devi et Shenaz Patel, sans avoir imaginé les lire ou les faire lire, au préalable[4]), lors du premier salon du livre, à Moroni, en mars dernier. Sa foi en une aube nouvelle reste donc intacte. Toihiri la vit pleinement au contact des jeunes plumes, encore en quête de reconnaissance, y compris du côté de la critique. En ce sens, 12 Lectures en librairie est un livre, dont il peut saluer la démarche.

Fathate Karine Hassan, co autrice de l’ouvrage, représente la relève. Elle est cheffe du département lettres modernes de l’université des Comores. Quant au second auteur, Anssoufouddine Mohamed, un cardiologue de profession, il fait partie de ceux qui se sont précipités, il y a 32 ans, devant le miracle de La république des imberbes (Ainsi, les Comoriens peuvent publier !), avant de prendre lui-même la plume, longtemps après. Poète, il a publié trois beaux textes chez Komedit et Coelecanthe. Ces deux plumes aguerries redonnent vie et sens aux écrits (choisis), en les ré inscrivant dans un contexte, un paysage et une mémoire. Un double regard « porté sur un paysage littéraire, si fragmenté en apparence, ouvre la voie à une interprétation articulée », lit-on sur la quatrième de couverture. Le livre – premier du genre – orchestre une distance par rapport aux œuvres, et met leurs auteurs en perspective. La question d’élargir la liste des œuvres étudiées, dans une réédition mise à jour, se pose déjà, tellement l’ouvrage est considérée comme une aubaine. Pour les enseignants, qui ne savent jamais par quel bout attraper cette littérature. Pour les étudiants, qui ne disposent d’aucun outil de référence, pour saisir la complexité de ces écrits. Pour le lecteur lambda, qui, parfois, a besoin de repères, pour se situer au-delà de la première page lue.

Ce 12 Lectures – 32 ans après La république des imberbes – se consacre, certes, aux œuvres et à leurs auteurs, sans sortir du pré carré critique. Mais nul ne peut le lire, sans s’interroger sur ce que sont advenues les promesses de renouveau, brandies à la fin des années par des gens de lettres, dont l’obsession première était de publier le moindre écrit, abouti ou non. Histoire d’en être ! Mi nde kina, dirait la rumeur, de nos jours. Pour exprimer cette frénésie que l’on perçoit encore actuellement, ne serait-ce qu’en mettant les pieds dans une salle de cours du département de lettres de l’université à Mvuni. Sur la trentaine d’étudiants présents, participant à un atelier de production critique, lors du Badja Place au mois de mars 2017, quinze au moins développent un projet de recueil en poésie, et se demande à qui s’adresser pour un meilleur encadrement, afin d’être sûr de paraître en librairie. Des hommes politiques aux professeurs d’école, en passant par les vieux notables au regard nostalgiques, la longue liste des hommes en quête de publication s’allonge, chaque jour, davantage. Un phénomène assez nouveau, qui démystifie l’objet livre, dans la mesure où sa publication devient garantie (certains sont prêts à payer pour apercevoir leur nom en titre), grâce à l’existence de trois ou quatre maisons d’édition comorienne (Komedit et Coelecanthe en sont les principales), et au succès du principe d’autoédition (Monsieur Attou, Dini Nassur[5], Mab Elhad[6]), là où tout le monde hésitait à s’adresser à l’Harmattan, longtemps perçue comme la seule adresse d’édition possible. De l’eau a coulé sous les ponts, en effet, depuis ces premières années de balbutiements d’une littérature comorienne publiée en langue française.

 

Damir Ben Ali et Moinaecha Cheikh ont fini de sortir leur « bible » de l’oralité à Ngazidja (Anthologie de la poésie orale des Comores (XVIe-XXe siècles)[7], qui rappelle le long chemin à parcourir pour retrouver la force d’un patrimoine. Moussa Saïd, Ahmed Daniel-Cafe, Wadjih S. M. Abderemane[8] et d’autres ont commis des ouvrages tout aussi importants sur la question de l’oralité. Aujourd’hui, des auteurs se hasardent même à publier dans leur langue maternelle (le shikomori), pourtant si peu enseignée, à l’instar de Mohamed Nabhane et d’Anssoufouddine Mohamed[9]. D’autres, encore, sont entrés (sur quels critères ?) dans les programmes d’enseignement de l’Union des Comores : Mohamed Toihiri, encore et toujours, Aboubacar Saïd Salim, Nassuf Djaïlani[10]. Le poète Mab Elhad a vu inscrire ses vers sur billets de banque, aux côtés de ceux de Mbaye Trambwe, par la banque centrale des Comores. Et dernier arrivé sur le podium, Ali Zamir l’emporte avec ses prix à l’international, grâce à son Anguille sous roche[11]Mais il est aussi une petite vérité. Nombre de ces livres en circulation ne dépassent pas le tirage des 300 exemplaires, sur un temps de diffusion d’à peu près quatre ans. Une indifférence manifeste de la part du lectorat comorien. Beaucoup de ces livres, à l’exception d’achats dits « expatriés », ne sont achetés que par des proches ou amis, et non parce qu’ils inquiètent ou obligent au débat.

Certains auteurs ne publient que pour parader. Il en est même qui ne se relisent plus, avant de se faire publier. De quoi en perturber plus d’un, sur cette scène littéraire émergente. Ces acteurs sont-ils vraiment sensibles aux enjeux du livre dans le pays ? Combien d’entre eux sont-ils au courant du piratage de contenus à l’origine du mauvais procès intenté par Comores Entreprises Informatique – une entreprise de photocopillage – contre la Bouquinerie d’Anjouan, son « accusateur » ? Cette affaire, pourtant, permet de saisir la complexité dans laquelle s’inscrivent les textes publiés. Des questions que n’évoque nullement 12 Lectures, mais que sa lecture permet de contourner intelligemment, en approchant de près l’intimité des œuvres. Comme pour un appel à lire, avant de chercher à défendre l’importance de ce petit royaume des lettres, maladroitement érigé dans un espace culturel tordu par la crise, sociale, économique et politique. Lire des auteurs du pays a-t-il encore un sens ? La réponse se comprend aisément, en parcourant ces 12 Lectures[12]. Des mots et des bouts d’histoire nécessaires pour quiconque souhaite comprendre l’archipel dans sa lente dérive…

S.E

[1] EDITIONS DE L’HARMATTAN, 1985.

[2] MÊME ÉDITEUR, 1992.

[3] BRÛLANTE EST MA TERRE (L’HARMATTAN, 1991) POUR LE PREMIER, LE BAL DES MERCENAIRES (KOMEDIT, 2009/ IL EXISTE UNE VERSION DATÉE DE 2002) POUR LE SECOND, POUR N’EN CITER QUE DEUX.

[4] UNE CONFÉRENCE D’ANANDA DEVI ANNULÉE AU CNDRS, FAUTE DE PUBLIC AVERTI ETD E TRAVAIL DE PROMOTION, ENTRE AUTRES.

[5] LES DEUX SONT CHEZ EDILIVRES. MONSIEUR ATTOU AVEC YLANG-YLANG EN FUMÉE (2012), DRAPEAU EN BERNE (2014)ET DINI NASSUR POUR KOSA/ LA FAUTE (2014).

[6] IGGYBOOK POUR SON DERNIER : REGARD BIAISÉ (2016).

[7] COELECANTHE, 2014.

[8] GUERRIERS, PRINCES ET POÈTES AUX COMORES (L’HARMATTAN, 2000) POUR LE PREMIER, LA SAGESSE POPULAIRE D’ANJOUAN (KOMEDIT, 2013) POUR LE SECOND,DJAMBO DJEMA ET AUTRES CONTES COMORIENS (KOMEDIT, 2003) POUR LE TROISIÈME.

[9] MTSAMDU, KASHKAZI, KUSI, MISRI (KOMEDIT, 2012) POUR MOHAMED NABHANE, SHIVULI SHA ZITRONGO, IN BRISURES COMORIENNES (KOMEDIT, 2014), RECUEIL COLLECTIF, POUR ANSSOUFOUDDINE MOHAMED.

[10] LE COMITÉ DE SÉLECTION PARAÎT SI MYSTÉRIEUX DANS SON FONCTIONNEMENT QU’AUCUN ÉDILE AU MINISTÈRE DE L’ÉDUCATION N’ACCEPTE D’EXPLIQUER LES CHOIX OPÉRÉS DANS L’INSCRIPTION DES ŒUVRES (DONT LA RÉPUBLIQUE DES IMBERBES, LE KAFIR DU KARTHALA ET LA NATIONALITÉ DE TOIHIRI, SEMBLE-T-IL, LE BAL DES MERCENAIRES DE ABOUBACAR SAÏD SALIM, ROUCOULEMENTS DE NASSUF DJAILANI) AU PROGRAMME. LA COMMUNAUTÉ DES AUTEURS, QUI N’A PAS ÉTÉ SOLLICITÉE, RECONNAÎT, CEPENDANT, DE GRANDES QUALITÉS À SES ŒUVRES. CE QUI A PERMIS D’ÉVITER DE LONGS DÉBATS INUTILES.

[11] EDITIONS LE TRIPODE, 2016. PRIX SENGHOR DU 1ER ROMAN FRANCOPHONE ET FRANCOPHILE 2016 ET MENTION SPÉCIALE DU JURY DU PRIX WEPLER EN FRANCE. AVANT LUI, L’OPINION RETENAIT LES SEULS PRIX À L’INTERNATIONAL DE SALIM HATUBOU (PRIX DIAMANT POUR COMORES-ZANZIBAR (FRANÇOISE TRUFFAUT, 2007) EN BELGIQUE ET PRIX INSULAIRE POUR ALI DE ZANZIBAR, ILLUSTRÉ PAR FRED THEYS (ORPHIE, 2008) À OUESSANT, DE NASSUF DJAILANI (GRAND PRIX LITTÉRAIRE DE L’OCÉAN INDIEN POUR ROUCOULEMENT (KOMEDIT, 2006) À LA RÉUNION, ET DE SOEUF ELBADAWI (PRIX DE L’ISESCO POUR MORONI BLUES/ CHAP. II (BILK & SOUL, 2007) ET PRIX LITTÉRAIRE DES LYCÉENS, APPRENTIS ET STAGIAIRES D’ILE DE FRANCE POUR UN DHIKRI POUR NOS MORTS LA RAGE ENTRE LES DENTS (VENTS D’AILLEURS, 2013) EN FRANCE.

[12] EDITIONS BILK & SOUL, 2017.

https://muzdalifahouse.com/2017/08/07/des-mots-et-des-bouts-dhistoire/

 

27 Nov 2017

DES MOTS ET DES BOUTS D’ HISTOIRE CHEZ B. & S.

Dernier ouvrage paru chez Bilk & Soul, la benjamine des maisons d’éditions comorienne, 12 Lectures. Un ouvrage critique, co écrit par Fathate Karine Hassan et Anssoufouddine Mohamed. Deux approches analytiques, portées par une même passion du sous-texte. Derrière les mots des auteurs, les bouts d’histoire, synonymes d’ancrage au réel d’un pays en quête de voix.

12 lectures. Un titre sans équivoque. Pour ces 12 critiques alignées, au travers d’un imaginaire littéraire de trente deux ans d’âge. De Saïndoune Ben Ali à Sadani Tsindami, en passant par Nassur Athoumani et Touhfat Mouhtare. Des univers souvent oubliés, méconnus, ignorés, parce que réservés à un petit cercle de lecteurs avertis. La nouvelle littérature comorienne publiée n’atteint pas le succès d’une oralité riche, bien que saluée par tous avec des trous de mémoire et honorée avec des auteurs rendus anonymes, à force. Les années passent, et le nombre de lecteurs en librairie ou en bibliothèque ressemble à peau de chagrin.

L’organisation d’un salon du livre, cette année, n’augure d’aucune bonne nouvelle, sur ce plan. Les promoteurs du salon, répondant à une demande de la coopération culturelle française dans le pays, n’ont fait que célébrer un début d’agapes (avec discours de président au grand hôtel de la capitale) et une fin de récit (avec dîner chez l’ambassadeur de France), sans interpeller le moindre quidam, qui, lui, semble incapable de disserter sur des livres qu’il n’a point lu. Un signe de ces temps, où le besoin d’inventer des festivals se concluent en des moments d’autocélébration culturelle (les autorités étaient fiers de se croire pionniers dans le secteur) ou se finit dans des endroits de parade (les auteurs et intellectuels y donnent l’impression d’exister, en s’affichant sur leur mur facebook), au lieu d’être cette occasion rare d’interroger les pratiques et les envies d’un paysage culturel rendu à moitié désert par l’absence de questionnements profonds.

Il y a trente deux ans, paraissait le premier roman comorien d’expression française : La république des imberbes[1]. Une secousse terrible dans le petit cercle fermé des lettres comoriennes, confiné qu’il était, jusque-là, dans des genres non « labellisés » (hale, nyandu, shinduantsi), issus d’une oraliture alors très peu étudiée par l’université (Damir Ben Ali était encore en train de défendre la viabilité des programmes du CNDRS), ignorée des praticiens de l’éducation nationale (noyée à l’époque dans les choix de Hatier, Nathan et Edicef pour les classiques à enseigner). Lorsque Mohamed Toihiri a fait servir son premier texte dans les bacs des libraires, l’opinion s’est montrée joyeuse. Publier était désormais à la portée du Comorien. Cependant, cette même opinion a paru sceptique à l’idée que l’on pouvait se mirer au travers des œuvres littéraires…

 

Pourtant, le rêve du msomo wa nyumeni, énoncé dans un recueil d’artisans, au contenu littéraire inégal, des nouvelles militantes, sorti deux années plutôt (1983), devenait réalité. La reconquête de soi par les mots de la littérature dans un espace, qui, jusque-là, s’était rendu inexistant dans les anthologies littéraires d’Afrique et de Madagascar valait son pesant d’or. Un principe fédérateur en soi autour de Toihiri, bien que la première œuvre, flattant l’égo archipélique, ne soit pas parvenu à rendre les interrogations d’une jeune littérature comorienne d’expression française palpables. Il aura fallu attendre les suivants, les « siens propres », à l’instar du Kafir du Karthala[2], ou les « siens autres », ceux de Baco Abdou ou d’Aboubacar Ben Salim[3], pour que les langues s’épanchent un peu plus, en conférence ou dans les médias, sur ces questions.

Tellement d’eau a coulé depuis ces années du premier roman qu’on en oublie l’essentiel de ce qui ravit Toihiri, ce pionnier, aujourd’hui, enseignant – après une brève carrière diplomatique – à l’université des Comores. Toihiri y transmet la passion des lettres françaises, nimbé de sa légende de premier élu des lettres nationales, sur le site de Mvuni, et s’enthousiasme de voir qu’une nouvelle génération de gens de lettres lui emboîte le pas. Une chance pour lui ! Personne n’a pensé à le convier au jeu des sept erreurs (le fait d’inviter, par exemple, les mauriciennes Ananda Devi et Shenaz Patel, sans avoir imaginé les lire ou les faire lire, au préalable[4]), lors du premier salon du livre, à Moroni, en mars dernier. Sa foi en une aube nouvelle reste donc intacte. Toihiri la vit pleinement au contact des jeunes plumes, encore en quête de reconnaissance, y compris du côté de la critique. En ce sens, 12 Lectures en librairie est un livre, dont il peut saluer la démarche.

Fathate Karine Hassan, co autrice de l’ouvrage, représente la relève. Elle est cheffe du département lettres modernes de l’université des Comores. Quant au second auteur, Anssoufouddine Mohamed, un cardiologue de profession, il fait partie de ceux qui se sont précipités, il y a 32 ans, devant le miracle de La république des imberbes (Ainsi, les Comoriens peuvent publier !), avant de prendre lui-même la plume, longtemps après. Poète, il a publié trois beaux textes chez Komedit et Coelecanthe. Ces deux plumes aguerries redonnent vie et sens aux écrits (choisis), en les ré inscrivant dans un contexte, un paysage et une mémoire. Un double regard « porté sur un paysage littéraire, si fragmenté en apparence, ouvre la voie à une interprétation articulée », lit-on sur la quatrième de couverture. Le livre – premier du genre – orchestre une distance par rapport aux œuvres, et met leurs auteurs en perspective. La question d’élargir la liste des œuvres étudiées, dans une réédition mise à jour, se pose déjà, tellement l’ouvrage est considérée comme une aubaine. Pour les enseignants, qui ne savent jamais par quel bout attraper cette littérature. Pour les étudiants, qui ne disposent d’aucun outil de référence, pour saisir la complexité de ces écrits. Pour le lecteur lambda, qui, parfois, a besoin de repères, pour se situer au-delà de la première page lue.

Ce 12 Lectures – 32 ans après La république des imberbes – se consacre, certes, aux œuvres et à leurs auteurs, sans sortir du pré carré critique. Mais nul ne peut le lire, sans s’interroger sur ce que sont advenues les promesses de renouveau, brandies à la fin des années par des gens de lettres, dont l’obsession première était de publier le moindre écrit, abouti ou non. Histoire d’en être ! Mi nde kina, dirait la rumeur, de nos jours. Pour exprimer cette frénésie que l’on perçoit encore actuellement, ne serait-ce qu’en mettant les pieds dans une salle de cours du département de lettres de l’université à Mvuni. Sur la trentaine d’étudiants présents, participant à un atelier de production critique, lors du Badja Place au mois de mars 2017, quinze au moins développent un projet de recueil en poésie, et se demande à qui s’adresser pour un meilleur encadrement, afin d’être sûr de paraître en librairie. Des hommes politiques aux professeurs d’école, en passant par les vieux notables au regard nostalgiques, la longue liste des hommes en quête de publication s’allonge, chaque jour, davantage. Un phénomène assez nouveau, qui démystifie l’objet livre, dans la mesure où sa publication devient garantie (certains sont prêts à payer pour apercevoir leur nom en titre), grâce à l’existence de trois ou quatre maisons d’édition comorienne (Komedit et Coelecanthe en sont les principales), et au succès du principe d’autoédition (Monsieur Attou, Dini Nassur[5], Mab Elhad[6]), là où tout le monde hésitait à s’adresser à l’Harmattan, longtemps perçue comme la seule adresse d’édition possible. De l’eau a coulé sous les ponts, en effet, depuis ces premières années de balbutiements d’une littérature comorienne publiée en langue française.

 

Damir Ben Ali et Moinaecha Cheikh ont fini de sortir leur « bible » de l’oralité à Ngazidja (Anthologie de la poésie orale des Comores (XVIe-XXe siècles)[7], qui rappelle le long chemin à parcourir pour retrouver la force d’un patrimoine. Moussa Saïd, Ahmed Daniel-Cafe, Wadjih S. M. Abderemane[8] et d’autres ont commis des ouvrages tout aussi importants sur la question de l’oralité. Aujourd’hui, des auteurs se hasardent même à publier dans leur langue maternelle (le shikomori), pourtant si peu enseignée, à l’instar de Mohamed Nabhane et d’Anssoufouddine Mohamed[9]. D’autres, encore, sont entrés (sur quels critères ?) dans les programmes d’enseignement de l’Union des Comores : Mohamed Toihiri, encore et toujours, Aboubacar Saïd Salim, Nassuf Djaïlani[10]. Le poète Mab Elhad a vu inscrire ses vers sur billets de banque, aux côtés de ceux de Mbaye Trambwe, par la banque centrale des Comores. Et dernier arrivé sur le podium, Ali Zamir l’emporte avec ses prix à l’international, grâce à son Anguille sous roche[11]Mais il est aussi une petite vérité. Nombre de ces livres en circulation ne dépassent pas le tirage des 300 exemplaires, sur un temps de diffusion d’à peu près quatre ans. Une indifférence manifeste de la part du lectorat comorien. Beaucoup de ces livres, à l’exception d’achats dits « expatriés », ne sont achetés que par des proches ou amis, et non parce qu’ils inquiètent ou obligent au débat.

Certains auteurs ne publient que pour parader. Il en est même qui ne se relisent plus, avant de se faire publier. De quoi en perturber plus d’un, sur cette scène littéraire émergente. Ces acteurs sont-ils vraiment sensibles aux enjeux du livre dans le pays ? Combien d’entre eux sont-ils au courant du piratage de contenus à l’origine du mauvais procès intenté par Comores Entreprises Informatique – une entreprise de photocopillage – contre la Bouquinerie d’Anjouan, son « accusateur » ? Cette affaire, pourtant, permet de saisir la complexité dans laquelle s’inscrivent les textes publiés. Des questions que n’évoque nullement 12 Lectures, mais que sa lecture permet de contourner intelligemment, en approchant de près l’intimité des œuvres. Comme pour un appel à lire, avant de chercher à défendre l’importance de ce petit royaume des lettres, maladroitement érigé dans un espace culturel tordu par la crise, sociale, économique et politique. Lire des auteurs du pays a-t-il encore un sens ? La réponse se comprend aisément, en parcourant ces 12 Lectures[12]. Des mots et des bouts d’histoire nécessaires pour quiconque souhaite comprendre l’archipel dans sa lente dérive…

S.E

[1] EDITIONS DE L’HARMATTAN, 1985.

[2] MÊME ÉDITEUR, 1992.

[3] BRÛLANTE EST MA TERRE (L’HARMATTAN, 1991) POUR LE PREMIER, LE BAL DES MERCENAIRES (KOMEDIT, 2009/ IL EXISTE UNE VERSION DATÉE DE 2002) POUR LE SECOND, POUR N’EN CITER QUE DEUX.

[4] UNE CONFÉRENCE D’ANANDA DEVI ANNULÉE AU CNDRS, FAUTE DE PUBLIC AVERTI ETD E TRAVAIL DE PROMOTION, ENTRE AUTRES.

[5] LES DEUX SONT CHEZ EDILIVRES. MONSIEUR ATTOU AVEC YLANG-YLANG EN FUMÉE (2012), DRAPEAU EN BERNE (2014)ET DINI NASSUR POUR KOSA/ LA FAUTE (2014).

[6] IGGYBOOK POUR SON DERNIER : REGARD BIAISÉ (2016).

[7] COELECANTHE, 2014.

[8] GUERRIERS, PRINCES ET POÈTES AUX COMORES (L’HARMATTAN, 2000) POUR LE PREMIER, LA SAGESSE POPULAIRE D’ANJOUAN (KOMEDIT, 2013) POUR LE SECOND,DJAMBO DJEMA ET AUTRES CONTES COMORIENS (KOMEDIT, 2003) POUR LE TROISIÈME.

[9] MTSAMDU, KASHKAZI, KUSI, MISRI (KOMEDIT, 2012) POUR MOHAMED NABHANE, SHIVULI SHA ZITRONGO, IN BRISURES COMORIENNES (KOMEDIT, 2014), RECUEIL COLLECTIF, POUR ANSSOUFOUDDINE MOHAMED.

[10] LE COMITÉ DE SÉLECTION PARAÎT SI MYSTÉRIEUX DANS SON FONCTIONNEMENT QU’AUCUN ÉDILE AU MINISTÈRE DE L’ÉDUCATION N’ACCEPTE D’EXPLIQUER LES CHOIX OPÉRÉS DANS L’INSCRIPTION DES ŒUVRES (DONT LA RÉPUBLIQUE DES IMBERBES, LE KAFIR DU KARTHALA ET LA NATIONALITÉ DE TOIHIRI, SEMBLE-T-IL, LE BAL DES MERCENAIRES DE ABOUBACAR SAÏD SALIM, ROUCOULEMENTS DE NASSUF DJAILANI) AU PROGRAMME. LA COMMUNAUTÉ DES AUTEURS, QUI N’A PAS ÉTÉ SOLLICITÉE, RECONNAÎT, CEPENDANT, DE GRANDES QUALITÉS À SES ŒUVRES. CE QUI A PERMIS D’ÉVITER DE LONGS DÉBATS INUTILES.

[11] EDITIONS LE TRIPODE, 2016. PRIX SENGHOR DU 1ER ROMAN FRANCOPHONE ET FRANCOPHILE 2016 ET MENTION SPÉCIALE DU JURY DU PRIX WEPLER EN FRANCE. AVANT LUI, L’OPINION RETENAIT LES SEULS PRIX À L’INTERNATIONAL DE SALIM HATUBOU (PRIX DIAMANT POUR COMORES-ZANZIBAR (FRANÇOISE TRUFFAUT, 2007) EN BELGIQUE ET PRIX INSULAIRE POUR ALI DE ZANZIBAR, ILLUSTRÉ PAR FRED THEYS (ORPHIE, 2008) À OUESSANT, DE NASSUF DJAILANI (GRAND PRIX LITTÉRAIRE DE L’OCÉAN INDIEN POUR ROUCOULEMENT (KOMEDIT, 2006) À LA RÉUNION, ET DE SOEUF ELBADAWI (PRIX DE L’ISESCO POUR MORONI BLUES/ CHAP. II (BILK & SOUL, 2007) ET PRIX LITTÉRAIRE DES LYCÉENS, APPRENTIS ET STAGIAIRES D’ILE DE FRANCE POUR UN DHIKRI POUR NOS MORTS LA RAGE ENTRE LES DENTS (VENTS D’AILLEURS, 2013) EN FRANCE.

[12] EDITIONS BILK & SOUL, 2017.

https://muzdalifahouse.com/2017/08/07/des-mots-et-des-bouts-dhistoire/

 

27 Nov 2017

DES MOTS ET DES BOUTS D’ HISTOIRE CHEZ B. & S.

Dernier ouvrage paru chez Bilk & Soul, la benjamine des maisons d’éditions comorienne, 12 Lectures. Un ouvrage critique, co écrit par Fathate Karine Hassan et Anssoufouddine Mohamed. Deux approches analytiques, portées par une même passion du sous-texte. Derrière les mots des auteurs, les bouts d’histoire, synonymes d’ancrage au réel d’un pays en quête de voix.

12 lectures. Un titre sans équivoque. Pour ces 12 critiques alignées, au travers d’un imaginaire littéraire de trente deux ans d’âge. De Saïndoune Ben Ali à Sadani Tsindami, en passant par Nassur Athoumani et Touhfat Mouhtare. Des univers souvent oubliés, méconnus, ignorés, parce que réservés à un petit cercle de lecteurs avertis. La nouvelle littérature comorienne publiée n’atteint pas le succès d’une oralité riche, bien que saluée par tous avec des trous de mémoire et honorée avec des auteurs rendus anonymes, à force. Les années passent, et le nombre de lecteurs en librairie ou en bibliothèque ressemble à peau de chagrin.

L’organisation d’un salon du livre, cette année, n’augure d’aucune bonne nouvelle, sur ce plan. Les promoteurs du salon, répondant à une demande de la coopération culturelle française dans le pays, n’ont fait que célébrer un début d’agapes (avec discours de président au grand hôtel de la capitale) et une fin de récit (avec dîner chez l’ambassadeur de France), sans interpeller le moindre quidam, qui, lui, semble incapable de disserter sur des livres qu’il n’a point lu. Un signe de ces temps, où le besoin d’inventer des festivals se concluent en des moments d’autocélébration culturelle (les autorités étaient fiers de se croire pionniers dans le secteur) ou se finit dans des endroits de parade (les auteurs et intellectuels y donnent l’impression d’exister, en s’affichant sur leur mur facebook), au lieu d’être cette occasion rare d’interroger les pratiques et les envies d’un paysage culturel rendu à moitié désert par l’absence de questionnements profonds.

Il y a trente deux ans, paraissait le premier roman comorien d’expression française : La république des imberbes[1]. Une secousse terrible dans le petit cercle fermé des lettres comoriennes, confiné qu’il était, jusque-là, dans des genres non « labellisés » (hale, nyandu, shinduantsi), issus d’une oraliture alors très peu étudiée par l’université (Damir Ben Ali était encore en train de défendre la viabilité des programmes du CNDRS), ignorée des praticiens de l’éducation nationale (noyée à l’époque dans les choix de Hatier, Nathan et Edicef pour les classiques à enseigner). Lorsque Mohamed Toihiri a fait servir son premier texte dans les bacs des libraires, l’opinion s’est montrée joyeuse. Publier était désormais à la portée du Comorien. Cependant, cette même opinion a paru sceptique à l’idée que l’on pouvait se mirer au travers des œuvres littéraires…

 

Pourtant, le rêve du msomo wa nyumeni, énoncé dans un recueil d’artisans, au contenu littéraire inégal, des nouvelles militantes, sorti deux années plutôt (1983), devenait réalité. La reconquête de soi par les mots de la littérature dans un espace, qui, jusque-là, s’était rendu inexistant dans les anthologies littéraires d’Afrique et de Madagascar valait son pesant d’or. Un principe fédérateur en soi autour de Toihiri, bien que la première œuvre, flattant l’égo archipélique, ne soit pas parvenu à rendre les interrogations d’une jeune littérature comorienne d’expression française palpables. Il aura fallu attendre les suivants, les « siens propres », à l’instar du Kafir du Karthala[2], ou les « siens autres », ceux de Baco Abdou ou d’Aboubacar Ben Salim[3], pour que les langues s’épanchent un peu plus, en conférence ou dans les médias, sur ces questions.

Tellement d’eau a coulé depuis ces années du premier roman qu’on en oublie l’essentiel de ce qui ravit Toihiri, ce pionnier, aujourd’hui, enseignant – après une brève carrière diplomatique – à l’université des Comores. Toihiri y transmet la passion des lettres françaises, nimbé de sa légende de premier élu des lettres nationales, sur le site de Mvuni, et s’enthousiasme de voir qu’une nouvelle génération de gens de lettres lui emboîte le pas. Une chance pour lui ! Personne n’a pensé à le convier au jeu des sept erreurs (le fait d’inviter, par exemple, les mauriciennes Ananda Devi et Shenaz Patel, sans avoir imaginé les lire ou les faire lire, au préalable[4]), lors du premier salon du livre, à Moroni, en mars dernier. Sa foi en une aube nouvelle reste donc intacte. Toihiri la vit pleinement au contact des jeunes plumes, encore en quête de reconnaissance, y compris du côté de la critique. En ce sens, 12 Lectures en librairie est un livre, dont il peut saluer la démarche.

Fathate Karine Hassan, co autrice de l’ouvrage, représente la relève. Elle est cheffe du département lettres modernes de l’université des Comores. Quant au second auteur, Anssoufouddine Mohamed, un cardiologue de profession, il fait partie de ceux qui se sont précipités, il y a 32 ans, devant le miracle de La république des imberbes (Ainsi, les Comoriens peuvent publier !), avant de prendre lui-même la plume, longtemps après. Poète, il a publié trois beaux textes chez Komedit et Coelecanthe. Ces deux plumes aguerries redonnent vie et sens aux écrits (choisis), en les ré inscrivant dans un contexte, un paysage et une mémoire. Un double regard « porté sur un paysage littéraire, si fragmenté en apparence, ouvre la voie à une interprétation articulée », lit-on sur la quatrième de couverture. Le livre – premier du genre – orchestre une distance par rapport aux œuvres, et met leurs auteurs en perspective. La question d’élargir la liste des œuvres étudiées, dans une réédition mise à jour, se pose déjà, tellement l’ouvrage est considérée comme une aubaine. Pour les enseignants, qui ne savent jamais par quel bout attraper cette littérature. Pour les étudiants, qui ne disposent d’aucun outil de référence, pour saisir la complexité de ces écrits. Pour le lecteur lambda, qui, parfois, a besoin de repères, pour se situer au-delà de la première page lue.

Ce 12 Lectures – 32 ans après La république des imberbes – se consacre, certes, aux œuvres et à leurs auteurs, sans sortir du pré carré critique. Mais nul ne peut le lire, sans s’interroger sur ce que sont advenues les promesses de renouveau, brandies à la fin des années par des gens de lettres, dont l’obsession première était de publier le moindre écrit, abouti ou non. Histoire d’en être ! Mi nde kina, dirait la rumeur, de nos jours. Pour exprimer cette frénésie que l’on perçoit encore actuellement, ne serait-ce qu’en mettant les pieds dans une salle de cours du département de lettres de l’université à Mvuni. Sur la trentaine d’étudiants présents, participant à un atelier de production critique, lors du Badja Place au mois de mars 2017, quinze au moins développent un projet de recueil en poésie, et se demande à qui s’adresser pour un meilleur encadrement, afin d’être sûr de paraître en librairie. Des hommes politiques aux professeurs d’école, en passant par les vieux notables au regard nostalgiques, la longue liste des hommes en quête de publication s’allonge, chaque jour, davantage. Un phénomène assez nouveau, qui démystifie l’objet livre, dans la mesure où sa publication devient garantie (certains sont prêts à payer pour apercevoir leur nom en titre), grâce à l’existence de trois ou quatre maisons d’édition comorienne (Komedit et Coelecanthe en sont les principales), et au succès du principe d’autoédition (Monsieur Attou, Dini Nassur[5], Mab Elhad[6]), là où tout le monde hésitait à s’adresser à l’Harmattan, longtemps perçue comme la seule adresse d’édition possible. De l’eau a coulé sous les ponts, en effet, depuis ces premières années de balbutiements d’une littérature comorienne publiée en langue française.

 

Damir Ben Ali et Moinaecha Cheikh ont fini de sortir leur « bible » de l’oralité à Ngazidja (Anthologie de la poésie orale des Comores (XVIe-XXe siècles)[7], qui rappelle le long chemin à parcourir pour retrouver la force d’un patrimoine. Moussa Saïd, Ahmed Daniel-Cafe, Wadjih S. M. Abderemane[8] et d’autres ont commis des ouvrages tout aussi importants sur la question de l’oralité. Aujourd’hui, des auteurs se hasardent même à publier dans leur langue maternelle (le shikomori), pourtant si peu enseignée, à l’instar de Mohamed Nabhane et d’Anssoufouddine Mohamed[9]. D’autres, encore, sont entrés (sur quels critères ?) dans les programmes d’enseignement de l’Union des Comores : Mohamed Toihiri, encore et toujours, Aboubacar Saïd Salim, Nassuf Djaïlani[10]. Le poète Mab Elhad a vu inscrire ses vers sur billets de banque, aux côtés de ceux de Mbaye Trambwe, par la banque centrale des Comores. Et dernier arrivé sur le podium, Ali Zamir l’emporte avec ses prix à l’international, grâce à son Anguille sous roche[11]Mais il est aussi une petite vérité. Nombre de ces livres en circulation ne dépassent pas le tirage des 300 exemplaires, sur un temps de diffusion d’à peu près quatre ans. Une indifférence manifeste de la part du lectorat comorien. Beaucoup de ces livres, à l’exception d’achats dits « expatriés », ne sont achetés que par des proches ou amis, et non parce qu’ils inquiètent ou obligent au débat.

Certains auteurs ne publient que pour parader. Il en est même qui ne se relisent plus, avant de se faire publier. De quoi en perturber plus d’un, sur cette scène littéraire émergente. Ces acteurs sont-ils vraiment sensibles aux enjeux du livre dans le pays ? Combien d’entre eux sont-ils au courant du piratage de contenus à l’origine du mauvais procès intenté par Comores Entreprises Informatique – une entreprise de photocopillage – contre la Bouquinerie d’Anjouan, son « accusateur » ? Cette affaire, pourtant, permet de saisir la complexité dans laquelle s’inscrivent les textes publiés. Des questions que n’évoque nullement 12 Lectures, mais que sa lecture permet de contourner intelligemment, en approchant de près l’intimité des œuvres. Comme pour un appel à lire, avant de chercher à défendre l’importance de ce petit royaume des lettres, maladroitement érigé dans un espace culturel tordu par la crise, sociale, économique et politique. Lire des auteurs du pays a-t-il encore un sens ? La réponse se comprend aisément, en parcourant ces 12 Lectures[12]. Des mots et des bouts d’histoire nécessaires pour quiconque souhaite comprendre l’archipel dans sa lente dérive…

S.E

[1] EDITIONS DE L’HARMATTAN, 1985.

[2] MÊME ÉDITEUR, 1992.

[3] BRÛLANTE EST MA TERRE (L’HARMATTAN, 1991) POUR LE PREMIER, LE BAL DES MERCENAIRES (KOMEDIT, 2009/ IL EXISTE UNE VERSION DATÉE DE 2002) POUR LE SECOND, POUR N’EN CITER QUE DEUX.

[4] UNE CONFÉRENCE D’ANANDA DEVI ANNULÉE AU CNDRS, FAUTE DE PUBLIC AVERTI ETD E TRAVAIL DE PROMOTION, ENTRE AUTRES.

[5] LES DEUX SONT CHEZ EDILIVRES. MONSIEUR ATTOU AVEC YLANG-YLANG EN FUMÉE (2012), DRAPEAU EN BERNE (2014)ET DINI NASSUR POUR KOSA/ LA FAUTE (2014).

[6] IGGYBOOK POUR SON DERNIER : REGARD BIAISÉ (2016).

[7] COELECANTHE, 2014.

[8] GUERRIERS, PRINCES ET POÈTES AUX COMORES (L’HARMATTAN, 2000) POUR LE PREMIER, LA SAGESSE POPULAIRE D’ANJOUAN (KOMEDIT, 2013) POUR LE SECOND,DJAMBO DJEMA ET AUTRES CONTES COMORIENS (KOMEDIT, 2003) POUR LE TROISIÈME.

[9] MTSAMDU, KASHKAZI, KUSI, MISRI (KOMEDIT, 2012) POUR MOHAMED NABHANE, SHIVULI SHA ZITRONGO, IN BRISURES COMORIENNES (KOMEDIT, 2014), RECUEIL COLLECTIF, POUR ANSSOUFOUDDINE MOHAMED.

[10] LE COMITÉ DE SÉLECTION PARAÎT SI MYSTÉRIEUX DANS SON FONCTIONNEMENT QU’AUCUN ÉDILE AU MINISTÈRE DE L’ÉDUCATION N’ACCEPTE D’EXPLIQUER LES CHOIX OPÉRÉS DANS L’INSCRIPTION DES ŒUVRES (DONT LA RÉPUBLIQUE DES IMBERBES, LE KAFIR DU KARTHALA ET LA NATIONALITÉ DE TOIHIRI, SEMBLE-T-IL, LE BAL DES MERCENAIRES DE ABOUBACAR SAÏD SALIM, ROUCOULEMENTS DE NASSUF DJAILANI) AU PROGRAMME. LA COMMUNAUTÉ DES AUTEURS, QUI N’A PAS ÉTÉ SOLLICITÉE, RECONNAÎT, CEPENDANT, DE GRANDES QUALITÉS À SES ŒUVRES. CE QUI A PERMIS D’ÉVITER DE LONGS DÉBATS INUTILES.

[11] EDITIONS LE TRIPODE, 2016. PRIX SENGHOR DU 1ER ROMAN FRANCOPHONE ET FRANCOPHILE 2016 ET MENTION SPÉCIALE DU JURY DU PRIX WEPLER EN FRANCE. AVANT LUI, L’OPINION RETENAIT LES SEULS PRIX À L’INTERNATIONAL DE SALIM HATUBOU (PRIX DIAMANT POUR COMORES-ZANZIBAR (FRANÇOISE TRUFFAUT, 2007) EN BELGIQUE ET PRIX INSULAIRE POUR ALI DE ZANZIBAR, ILLUSTRÉ PAR FRED THEYS (ORPHIE, 2008) À OUESSANT, DE NASSUF DJAILANI (GRAND PRIX LITTÉRAIRE DE L’OCÉAN INDIEN POUR ROUCOULEMENT (KOMEDIT, 2006) À LA RÉUNION, ET DE SOEUF ELBADAWI (PRIX DE L’ISESCO POUR MORONI BLUES/ CHAP. II (BILK & SOUL, 2007) ET PRIX LITTÉRAIRE DES LYCÉENS, APPRENTIS ET STAGIAIRES D’ILE DE FRANCE POUR UN DHIKRI POUR NOS MORTS LA RAGE ENTRE LES DENTS (VENTS D’AILLEURS, 2013) EN FRANCE.

[12] EDITIONS BILK & SOUL, 2017.

https://muzdalifahouse.com/2017/08/07/des-mots-et-des-bouts-dhistoire/

 

25 Oct 2017

Séjour littéraire et artistique de MAB Elhad à Antananarivo

 

MAB Elhad pose son Regard biaisé et hétéroclite sur Antananarivo

Reprenant son bâton de pèlerin culturel, le plus poète des photographes comoriens   a déposé ses valises à Antananarivo, pour un séjour d’une dizaine de jours, du 03 au 13 Septembre 2017, auquel MAB Elhad a mis à profit pour rencontrer certaines personnalités et structures malgaches.Le poète et artiste comorien  a mis à profit son séjour pour présenter à la scène culturelle malgache l’ensemble de sa création littéraire et artistique.

 La  Salle de conférence de l’Hôtel ‘’Le Pavé’’ a servi de Galerie pour accueillir ce 7 Septembre 2017 l’exposition polymorphe(de Photographie, calligrammes et calligraphies) du poète comorien MAB Elhad, venue présenter son dernier recueil ‘’Regard biaisé’’, paru l’année dernière aux éditions Iggybook.

 Cet évènement s’est déroulé sous le haut patronage de l’Ambassadeur des Comores à Antananarivo, et le parrainage de la poétesse de renom Nivo Rakitriniela,  ainsi que la présence de la poétesse TianaAndriamialy, qui ont daigné honorer l’évènement.

 Poète et pas moins artiste pour autant, MAB Elhad n’a pas manqué de démontrer au public présent la complémentarité de son talent, dans l’écriture sous toutes ses formes. En effet, certains de ces photos en couleurs,sont inspirés de ce recueil,tout comme les transcriptions d’autres de ses poèmes en calligrammes et calligraphies latines et arabes. Comme il le soulignera lui-même au cours de son intervention,  ‘’ l’écriture, qu’elle vienne  de l’image photographique, de la plume ou du pinceau, reste un vecteur d’imaginaires ‘’ !

 Ce séjour malgache est sa deuxième sortie internationale après la Tanzanie l’année dernière où il a été invité pour célébrer la francophonie dans ce pays un mois après la parution de son œuvre Regard biaisé, entre le temps et l’espace.

Jamais deux sans trois

C’est sur invitation de mademoiselle Juliana Rakotoarisoa, et son club de jeunes poètes malgaches, que MAB Elhad a séjournée à Antananarivo pour la troisième fois en tant qu’homme de culture, pour présenter son dernier recueil ‘’Regard biaiséentre le temps et l’espace’’ complété par une exposition photographique, et calligraphique des textes extraits de ce deuxième recueil.

MAB Elhad n’est pas un inconnu à Madagascar, pour avoir côtoyé l’Association des poètes malgaches Sandratra à l’occasion du Festival Itinérant de Poésie en Afrique en 2002 ; mais aussi en 2005 où il a pris part aux rencontres littéraires et artistiques ‘’ Elabakana’’ sur invitation de l’Association réunionnaise Lerka, et ce fut l’occasion de rencontrer certains membres de l’association de l’Union des poètes malgaches ‘’UPM’’. Pour la circonstance MAB Elhad avait écrit le poème ‘’Elabakana’’ qu’il a dédié à Mme Bako Rasoarifetra, et ChristianeRafidinarivo, deux personnalités impliquées dans la conservation de l’histoire et les traditions malgaches.

La  Salle de conférence de l’Hôtel ‘’Le Pavé’’a servi non seulement de cimaise pour présenter l’ensemble de l’œuvre artistique du poète comorien, mais aussi de salle de conférence. C’est ainsi que dès 10heures, MAB Elhad en compagnie de l’Ambassadeur des Comores à Antananarivo, et de mademoiselle Juliana Rakotoarisoaont pris place dans la salle où des personnalités malgaches,  canadiens et comoriens ont pris place au cours d’une conférence de presse au travers duquel a été présenté l’homme et son œuvre à la presse malgache.

Rencontre entre étudiants malgaches et comoriens

Ce ne sera que l’après-midi que la jeunesse estudiantine malgache et comorienne ont pris place dans la salle pour des échanges avec le poète hôte, et les poètes malgaches sous le présidium des poètes Nivo Rakitriniela, et TianaAndriamialy,Ranoë un ami de MAB Elhad, s’étant excusé, se trouvant en déplacement hors de la capitale.

Ainsi, après avoir visité de long, en large la trentaine de photographies et graphiques, exposés dans la salle, certains jeunes n’ont pas manqué d’exprimer leurs satisfactions sur le livre d’or posé à l’entrée. En effet leur admiration portaitsur l’aspect du travail qui comprenait des photographies de paysages, illustrées par des poèmes extraits du livre ‘’ Regard biaisé’’ et imprimés en surimpression sur un même tableau d’une part, mais d’autre part l’usage de cette démarche graphiquea impressionnée bon nombre de ces jeunes lycéens et étudiants, qui pour la première fois visitaient une exposition figurative de calligrammes et de calligraphies, ce qu’ils ont qualifié d’enchanteresse et d’enrichissant.

Bon nombre de personnes ayant visité le travail de MAB Elhad ont convenu de l’aspect hétéroclite de l’œuvre soumis au public. Un travail de complémentaritéentre différents domaines de prédilection de ce poète et artiste comorien qui ne manque pas de talents et disposant de plus d’un arc artistique dans sa Corbeille à idées.

Délégué de l’Association internationale Rencontres Européennes Europoésie pour les Comores, MAB Elhad n’a pas manqué au cours de son séjour de faire la promotion de cette organisation poétique européenne et envisage dès son retour aux Comores de faire élire le premier bureau de cette Délégation Europoésie Comores, devant promouvoir les activités socioculturelles en faveur de la poésie, à commencer par les préparatifs du 06 èm  Printemps des poètes comoriens, devant se tenir du 03 au 18 mars 2017.

Selon toujours ce poète -photographe,  le bureau une fois élu aura un mandat de de 03 ans avec une feuille de route à honorer, et notamment entre autres priorités le renforcement des échanges avec la structure mère dont Rencontres Européennes Europoésie – France mais aussi adhérer aux activités de poésie de l’UNESCO au travers  des activités menées en faveur des Printemps des poètes.                                                                                                                                                                                                                                                                   Noro L. RAOELIHARIJAONA

20 May 2017

Rencontre de l’écrivain MAB Elhad avec JOAL Interview organisée par Abdillah Abdallah

 

Permettez moi d’exprimer ma profonde gratitude au nom du club JOAL et en mon nom personnel à Monsieur MAB Elhad, le délégué aux Comores de ‘’Rencontres européenne -Euro poésie membre de l’Union des poètes francophones que nous, JOAL, avons  eu l’occasion d’inviter.

JOAL : Monsieur MAB Elhad, vous êtes multiple : vous êtes Gendarme de profession, écrivain, dessinateur, photographe… Y a-t-il un lien entre vos textes et vos dessins ?

Comme disait Renan dans ’’Avenir de la science’’ je cite: ‘’si être poète, c’est avoir l’habitude d’un certain mécanisme de langage, ils seraient excusables. Mais si l’on entend par poésie cette faculté qu’a l’âme d’être touchée d’une certaine façon, de rendre un son d’une nature particulière et indéfinissable en face des beautés des choses, celui qui n’est pas poète n’est pas homme et renoncer à ce titre, c’est abdiquer volontairement la dignité de sa nature’’

MAB Elhad : Bonjour, permettez-moi tout d’abord de vous remercier pour votre invitation, et de vous présenter mes excuses, pour le retard que j’ai accusé à répondre à votre rendez-vous, des exigences professionnelles m’ayant longtemps retenue.  Maintenant  que je suis libre de mes engagements et mouvements, je me suis empressé et c’est un honneur pour moi de me soumettre aux questions d’une équipe comme celle  de Joal, qui ne ménage aucun effort pour valoriser la littérature comorienne, aux travers de ses activités et plus particulièrement, celle qui consiste à susciter le goût de la lecture à la jeunesse comorienne. Je me fais un devoir de vous informer qu’au nom de Europoésie France, plus particulièrement Monsieur Joël Contes, je tiens à votre disposition quelques revues et livres qui permettront de nourrir la créativité des jeunes membres de JOAL. J’espère que nos amis d’Euro poésie, se feront un plaisir de venir visiter les îles de la lune et plus particulièrement cette île charmant, aux parfums et à la beauté lunaire qu’est Anjouan.

Pour revenir à votre question, je dirais qu’effectivement je fus un gendarme munis de plusieurs ‘’képis’’, pour ne pas dire casquettes. Si j’ai pris ma retraite en 2009, après 22 ans de bons et loyaux services, sous les couleurs de la Gendarmerie, c’est aussi en partie parce que souvent on me disait que le Lieutenant que j’étais s’est trompé de carrière, et que ce fut un crime d’hérésie au sein de l’armée, pour certains, parce qu’étant poète, je semblais trop sentimental pour un gendarme sensé imposer la loi. Et c’est vrais que de prime abord être à la fois Gendarme et poète, prête à confusion, parce qu’il n’est pas facile de confondre le rationnel et son contraire, nourrir le réel d’imaginaire.Mais c’est justement dans cette contradiction que, comme un acrobate,  je retrouvais mon équilibre, qu’au cœur de l’épreuve jaillissait la clairvoyance et nourrir de sérénité  mon inspiration.Mais ce que les autres oubliaient c’est que, justement grâce au tempérament, à la souplesse et à cet état d’esprit réfléchi du poète, j’ai réussi mes meilleurs enquêtes et  médiations. Et puis après tout je ne suis pas le 1er Militaire poète n’est-ce pas ? Avant moi il y a eu mon ami malgache, le Général Désiré Ph.Ramakavelo, ex-ministre des Forces Armées, puis des Affaires Etrangères de la Grande île,et j’en passe des illustres comme les français Paul Verlaine, Lautréamont, ou encore, l’anglais Georg Herweigh, comme poète révolutionnaire mais aussi les poètes guerriers de la 1ère guerre mondiale. Chaque pays a eu son militaire poète. En ce qui concerne le dessin,  je ne suis pas un dessinateur mais plutôt je m’exerce à la calligraphie et à la photographie par passion parce qu’ils sont d’autres  formes d’expressions ou d’écritures, voilà donc le lien. Certes, je m’inspire de mes photos pour écrire de la poésie, comme je me sers de la poésie pour dessiner mes calligraphies, ou calligrammes et de mes poèmes pour illustrer ma photographie, et  vis-versa. Sinon j’ai quelques projets d’écritures, comme la publication d’une anthologie ‘’florilège de la poésie comorienne’’ dans laquelle, j’ai répertorié dans la partie bibliographie sélective,une vingtaine de poètes comoriens publiés y compris Mayotte, pour une trentaine (33) de recueils publiés, contre 05 anthologies portant sur les Comores et et 05 essaies ou travaux de recherches sur la poésie comorienne et la chanson. Par ailleurs une demie douzaine d’œuvres poétiques étrangères ont cités les Comores, ce sont pour la plus part des poètes ayant séjourné sur les îles de la lune et qui ont été inspiré au cours de leurs séjour. De même une vingtaine de jeunes poètes cherchent éditeurs pour se faire publier tout aumoins.

JOAL : lors de la parution de votre première œuvre, « Kaulu la mwando », vous avez laissé entendre que : « je ne suis pas allé à la poésie, c’est la poésie qui est venue à moi ».Comment expliquez-vous cela, alors que nous savons qu’écrire demande un grand talent et beaucoup de travail.

MAB Elhad :‘’La poésie est le sens mystérieux des aspects de l’existence’’ Stéphane Mallarmé

J’ai été happé par la poésie, comme tant d’autres enfants dès l’école primaire. J’ai eu la chance d’avoir en classe de Cour élémentaire 2ème année(CP2) un enseignant formidable en la personne de Monsieur Kaki,(paix à son âme) originaire de Moroni M’tsangani, qui m’a donné goût à la poésie.  Lequel nous faisait vivre la récitation. C’est-à-dire que pour avoir la meilleure note, il fallait rentrer dans la peau de ‘’l’animal’’ et jouer au mimétisme en imitant le contenu du texte. C’est ce qu’aujourd’hui on nomme « mis en espace ou lecture scénique » nous l’avons vécu avec lui et avant l’heure. Ce qui m’a donné goût à aimer la poésie, donc j’estime que grâce à mon instituteur la poésie m’a emportée comme une maitresse du verbiage, pour m’emporter vers des horizons inespérés et me faire goûter aux fruits délicieux des mots. Quant à la calligraphie, elle m’est venue aussi de mon feu instituteur (paix à son âme) Ahmed Soilih) qui m’a enseigné au CP1, et qui faisait de l’écriture une matière à part et tout un jeu artistique. Je crois que de tels enseignants aussi impliqués manqunt à notre pays. Et quand à la photographie, c’est grâce à mon frère et Ami Cheikh Said, qui dans notre enfance disposait d’un appareil 110 Agfa, avec lequel je me suis initié avant de fréquenter le club photos du Lycée d’Enseignement Professionnel Agricole de Luçon Pétré(LEPA), en Vendée auquel je fuis l’un des animateurs, dans les années 80, puis  une fois Gendarme j’ai été me perfectionner au Centre de Perfectionnement de Police Judiciaire(CPPJ) à l’Ecole des Sous-Officiers de Gendarmerie à Fontainebleau, tout près de Paris où je me suis spécialisé en Police Technique & Scientifique (PTS)

JOAL : Des extraits de votre recueil  Kaulu  la mwando figurent sur les billets de banques de 1000 francs et de 2.000 francs depuis 2005. Estimez-vous la portée d’une telle reconnaissance et quel intérêt avez-vous tiré de cette distinction ? et pourquoi vous justement ?

MAB Elhad : Effectivement l’évènement date de Novembre 2005, depuis que des extraits de mes poèmes se retrouvent en mini lettres, macros lettres rouges et en filigranes sur les billets de banque de 1000 et de 2000 francs émis par l’Etat comorien, au même titre que les maximes et pensées du Prince des poètes comoriens,Mbaétrambwe. Comme l’a si bien écrit IrchadOusseine, dans AlwatwanMag, n° 34 de décembre 2013, c’est ‘’un fait qui distingue le paysage littéraire de cet archipel’’. Bien que la presse nationale en a parlé à l’époque, l’évènement était passé inaperçue et le billet de 1000 francs KMF classé meilleur billet mondial par l’Union Internationale des banque en 2006. C’est cela ma fierté, d’avoir contribué à distinguer et honorer mon pays. C’est le plus beau prix auquel  j’ai été récipiendaire. Il est toutefois  nécessaire de préciser ici, qu’à travers ma modeste personne, la Banque Centrale des Comores avait pour ambition d’honorer la scène culturelle comorienne dans ses différents aspects d’où la présence dedessins aussi, valorisants la pêche et l’agriculture. Le fait que je sois à la fois un poète qui touche par ailleurs aux arts (notamment la poésie et la calligraphie), et le plus récemment publié à l’époque dans une édition comorienne, cela leur a semblé un atout supplémentaire pour  me faire publier sur les coupures de la dernière gamme de billets de la banque centrale des Comores. A en croire l’article paru dans le n°914 d’Alwatwan en date du 12 janvier 2006,signé de Madjuwane‘’ ces textes figurent parmi les nombreux éléments appeler à accroitre la sécurité de la nouvelle gamme… et assurer le rayonnement de la culture comorienne. Il s’agit également pour la BCCde reconnaitre la passion de toujours pour les arts et la culture du gendarme, qui en plus d’être un poète reconnu est un véritable touche - à - tout dans tout ce qui concerne ces disciplines, notamment à la calligraphie et à la poésie. En portant ses choix  sur ce passionné des arts et de la communication, l’une des quatre uniques banques d’émission de l’Afrique francophone et de l’Océan indien accorde aux textes et à leur auteur une très longue prospérité’’. Et Irchade de rajouter que : ‘’ Il est vrai que les vers de MAB Elhad contre l’arbitraire et la pauvreté frappés sur le billet de banque (de 2000KMF) sont aussi une belle leçon de morale dans ce monde  néolibéralede quoi réconcilier les pour et les contre dans ce type de projet’’. Et après tout je ne serais pas le premier à connaitre une telle distinction, le Gabon a honoré un de ses artistes sur billet de banque, de même que RakotoFrah, le roi de la Sodina malgache figure sur le billets de banque malgache, ailleurs des auteurs ont leurs noms donnés à des rues.

JOAL : « Regard biaisé », le titre de votre deuxième œuvre, est un titre très original. C’est vous qui l’avait choisi ou c’est l’éditeur qui vous l’a proposé ?

MAB Elhad : Ce titre ‘’Regard biaisé’’ est de moi. En fait,  ce recueil est un rétroviseur. Un regard critique que je pose sur mon passé et une appréhension, un questionnement sur l’avenir. Je parle de ma jeunesse notamment en France Nantes, mais aussi à Moroni et de mon attachement envers cette ville qui m’a servi de ‘’Muse’’.                         Comme Mme Mohamed DhoifirSaouda l’a si bien rapporté dans la préface : c’est ‘’le cliché émanant d’un aperçu d’ensemble entre non-dit et sentiment étouffés, par une certaine réalité, résultant d’un certain lyrisme existentiel…vis-à-vis de l’évolutions de nos mœurs, entre croyances et pratiques, mais aussi entre espoir et incertitude…’’ et comme l’a rapporté le journal Archipel dans sa critique, je reste ce  ‘’poète éclectique se nourrissant de son quotidien. Dans ‘’Regard biaisé’’ j’ai aussi tiré certaines leçons de ma vie. En reconnaissant mes tords j’ai présenté mes excuses à la destinée. Contrairement à ce qui m’a été reproché dans ce recueil, je n’ai pas voulu régler des comptes, mais plutôt faire le constat de mon vécu ; et tirer quelques leçons  de la vie.

JOAL : A travers « Regard Biaisé », vous nous présentez les pays et les lieux qui ont marqués votre vie, les moments forts que vous avez vécus. Quel est la part de l’imagination ?

MAB Elhad : Oui effectivement, je dois beaucoup à l’armée comorienne et plus particulièrement à la Gendarmerie grâce auxquelles, j’ai eu non seulement une éducation, mais ont contribuée à fixer mes objectifs, et la Gendarmerie m’a ouvert les portes des ambitions. Grace à ma carrière de Gendarme, j’ai été 1er Adjoint du Maire de Moroni, puis préfet de Centre, avant d’occuper des fonctions de conseiller de différentes autorités en matière de sureté est sécurité de mon pays. Le dernier poste que j’ai occupé comme Directeur Général des Renseignements Extérieurs, a beaucoup nourri mon expérience. Pour revenir à votre question, toutes ces fonctions m’ont permis de beaucoup voyager et de découvrir le monde qui m’a beaucoup inspiré. Oui il existe une part de fiction dans ‘’ Regard biaisé ’’ certains  poèmes ont été écrits entre deux vols,  c’est le cas du poème ‘’ Destiné’’ écrit entre Anjouan et Mayotte, et qui parle de la mort, inspiré par ce bras de mer meurtrier.  C’est le cas aussi pour les poèmes ‘’Maoa Marguerite’’, en hommage à une amie perdue de vue, ou encore ‘’Elabakana’’ qui loue la femme indiano-métisse, cette  perle riche de métissages qui embellie sa beauté, deux poèmes écrits  à Antananarivo,   mais aussi ce poème ‘’Voyage’’ écrit au cours d’un transit à AddisAbbeba en souvenance d’une hôtesse de l’aire, qui s’est invité dans mon rêve. C’est justement dans ce poème où prédomine la fiction, parce que ce poème a été interprété différemment et a fait l’objet de différents critiques qui parfois ont portées à confusions. Franchement je n’ai jamais rencontré cette hautesse de l’aire, ce n’est qu’un simple rêve ! 

‘’Le poète est celui qui inspire bien plus que celui qui est inspiré’’ Paul Eluard

La part du rêve fut aussi de voir mes textes mis en lectures scéniques, par l’artiste dramaturge Soumette et sa troupe en France, mis en dance chorégraphique par Idrisse dit Sans blagues et sa troupe à Madagascar et en Afrique ; joués au théâtre par la troupe des amis de Hahaya, pour ne citer que ceux-là.

JOAL : Vous avez écrit la deuxième partie de votre œuvre en anglais. Y a-t-il une raison particulière à cela. A quel type de lecteur est adressée cette deuxième partie qui est en anglais ?

MAB Elhad : A l’ origine, ce sont les textes extrait de ‘’ Kaulu la mwando’’, mon premier recueil qui ont été traduit en anglais, tout simplement parce que j’avais été retenu pour faire partie d’un programme de l’éducation américaine, consistant à envoyer pendant 2 ans un auteur, aux USA pour faire connaître la littérature de son pays. Le 1er à bénéficier de ce programme aux Comores, fut le doyen des auteurs comoriens Mohamed Toihir.

Je devais être le deuxième candidat à y bénéficier de ce programme. Les poèmes ont été traduit en parti par un ami malgache travaillant à l’Ambassade des USA à Madagascar, et l’autre partie par S. AntoisseEzdine qui travaille à Comores télécom et auxquels j’exprime ici ma gratitude. Malencontreusement il s’est avéré que je ne parle pas la langue  anglaise et du coup c’est un poète malgache qui a bénéficié de ce tour. J’ai donc estimé qu’il fallait que je valorise cette interprétation aussi riche au profit des jeunes comoriens qui apprennent l’anglais pour qu’ils puissent bénéficier de textes comoriens traduits en anglais. Et je ne le regrette pas puisque j’ai reçu des retours positifs, d’ailleurs le recueil a très bien été accueil et il reste très peu d’exemplaires à écouler à Moroni. Sur 250livres il me reste environs une centaine en vente en France et une trentaine dans les librairies comorienne, par ailleurs le livre est aussi vendu sur les réseaux en version e-book et dans certaines librairies sur commande après un an de publication. Dieux merci, je suis satisfait.

JOAL : Faites-vous parti d’un cercle d’écrivains ?

MAB Elhad : Oui je suis le Délégué pour les Comores d’une Association Internationale francophone connu du nom de ‘’ Rencontre Européennes Europoésie’’ qui édite mensuellement le ‘’Bulletin des Amis d’Euro poésie’’ et présidé par l’Honorable Joël Contes. C’est justement grâce à eux que je dois vous remettre quelques revues et livres de poésie, faisant parti des livres que cette association édite au cours des différentes manifestations qu’elle organise. D’ailleurs vos membres et vos lecteurs peuvent visiter le site http://europoesie.centreblog.net, Euro poésie est représentée dans une vingtaine de pays notamment francophones parmi lesquels les Comores. Je suis aussi sympathisant du Printemps des poètes des Afriques et d’Ailleurs présidé par mon ami Thierry Sinda membre fondateur des poètes de la Néo – négritude auquel j’ai eu le privilège de rencontrer à Paris.

JOAL : En tant que délégué aux Comores de l’union des poètes francophones vous avez eu la chance de voyager beaucoup et pris part à de différentes manifestations sur la scène internationales. Qu’avez-vous découvert dans le monde de la littérature ? De quoi souffre notre littérature comorienne?

MAB Elhad : Oui effectivement, j’ai eu la chance de participer à différentes manifestations littéraires et artistiques, en l’occurrence dans l’Océan indien, au cours des FIPIO (Festival Interrégional de Poésie de l’Océan Indien) organisé par l’Union pour la Défense de l’Identité Réunionnaise (l’UDAR) mais aussi à différents FIPIA (Festival Itinérant de Poésie en Afrique) organisé par Paul Dakeyo. C’est ainsi que à l’instar des poètes comoriens Aboubacar Ben Said Salim, et NassufDjailane, je figure sur certaines anthologies  de la poésie de l’Océan indien. Et comme artiste j’ai été récipiendaire du trophée d’art dans le domaine de la photographe, offert par l’Union des artistes Réunionnais(UDIR) au même titre que les artistes comoriens Séda et Chakri.

Durant mon mandat de 1er Adjoint au Maire de Moroni, puis Préfet du Centre, j’ai eu à initier un projet d’échanges culturels avec le Maire de St-Denis que j’ai invité à visiter la Mairie de Moroni. Ces échanges ont été renforcer par les relations nouées avec  l’Espace de Recherche et de création en Arts actuels de la Réunion pour faire l’état de lieu devant permettre une collaboration entre la ville de Moroni et celui de ST. Denis dans le domaine culturel. Antoine du Vignaux, le créateur de cette structure est un ami grâce à qui j’ai dû participer à  certaines de leurs activités notamment à une veillée poétique à l’île de La Réunion, et aux Rencontres ‘’Elabakana’’ à Madagascar. Depuis LERKA est venu à Moroni faire son état de lieux et des jeunes comoriens ont pu bénéficier du fruit de ce partenariat grâce à cette structure réunionnaise. Je tiens à leur exprimer mes remerciements.

Notre littérature souffre d’un désintéressement dû au manque d’application de la politique nationale de la culture. Non pas qu’elle n’existe pas puisque j’ai eu le privilège de participer aux assises nationales d’Avril 2008, qui se sont tenues au Palais du peuples en sa faveurs, puis à l’Atelier de sensibilisation tenu à l’Ecole de Santé au mois de  juillet 2011 sur :

la convention relative à la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles ; 

la convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel.

Lesquels ont aboutis à l’élaboration de ‘’La Politique Culturelle’’ élaborée en Aout 2011 avec le concours de la Commission Nationale de l’UNESCO et la Direction des Arts et de la Culture.

Seulement tant qu’il n’y aura pas un ministère de la culture, notre littérature ne pourra pas s’épanouir. Certes des progrès ont été enregistré avec le Festival des Arts Contemporains des Comores, sous le règne de son Excellence le Président IkililouDhoinine, puis il y a eu le 1er Salon du livre qui vient de voir le jour aux Comores avec le soutien du Gouvernement Comorien sous la Présidence de son Excellence le Président Azali. Il est à rappeler que c’est sous son premier mandat présidentiel qu’a été créer la ‘’Journée MbayeTrambwe’’ intitulée journée de la poésie comorienne célébrée tous les 17 juin de chaque année, de même  que les Gamboussi d’Or, mais tous ces évènements ont été pour la plus part délaissés faute de manque de financements. Mais je suis optimiste au vu de la motivation qui anime l’actuel Président et son Gouvernement de l’Union,  qui ne ménagent pas leurs efforts pour accompagner les nouveaux projets  qui leurs sont soumis.

Autrement il faut reconnaitre que du côté des auteurs et des artistes nous ne faisons aucun effort pour nous faire reconnaitre, et faire vivre les associations en faveurs de la scène littéraire ou artistiques. Les associations se meurent fautes d’activités. Hormis Muzdalifa House à Moroni, et JOAL à Anjouan rien n’est fait. En ce qui me concerne en tant que Délégué d’Europoésie, j’essaie de célébrer le printemps des poètes tous les ans et encourager la création des clubs de poésie villageoise, comme ce fut le cas à Mbéni. Par ailleurs j’ai créé sur Facebook l’espace de poésie ‘’Poètes comoriens et ami(es) des Comores’’  où bon nombre de poètes en herbes et des talents confirmés ne manquent pas de nous faire l’honneur de leurs visites. J’ai aussi créé l’espace ‘’PHOTOGRAPHIE COMORIENNE’’ qui connait une très grande fréquentation. Je saisi cette opportunité pour remercier les visiteurs des deux espaces. Certes c’est très peu de choses, mais l’adage comorien dit que (yeyarohatsozikadjasazaililo) Celui qui a versé une larme n’a pas manqué de pleurer. Donc nous avons des ambitions à  Europoésie et nous sommes en train d’identifier les clubs de poésie existant et susceptibles de faire un partenariat avec la Délégation Comores d’Europoésie pour leurs apporter notre soutien qui peut être multiforme.

JOAL :Dans votre œuvre, « Regard biaisé »Presque tous les poèmes sont rimés, mais souvent les vers n’ont pas les mêmes longueurs. Y a-t-il une raison particulière à cela ?

Victor Hugo disait que ‘’l’homme ne fait que des vers, le cœur seul est poète’’.

MAB Elhad :Je ne suis pas conditionné par l’obligation de la rime et me soumet au rythme de mes mots. Je les prends tels qu’ils me viennent et les restitues à mes lecteurs. Ce qui m’importe le plus c’est l’harmonie entre le message que je délivre, la musique suscité par le rythme, et l’image que le lecteur se faitde mon message.

 

JOAL: Aujourd’hui que vous êtes à la retraite. Vous êtes devenu un écrivain à plein temps ou pas ?  Avez-vous l’ambition de l’être ?

MAB Elhad : Officiellement oui après 22 ans de loyaux services dans l’armée, j’ai demandé de mon propre gré, une retraite anticipée pour des raisons personnelles. Mais il arrive que mon pays me sollicite pour différents missions. Actuellement j’envisage de m’installer à mon compte. Ce qui en soi me permettra de continuer à créer et à écrire. Non je ne me suis jamais considéré comme un écrivain à part entière. J’ai beaucoup d’estime à l’endroit des écrivains pour me prétendre écrivain. Je suis plutôt un passionné d’écriture sous toutes ses formes, un jongleur des mots. Certes j’ai quelques projets d’écritures en vue notamment  en photographie pour faire connaitre les petites histoires de nos sites touristiques entre : Légendes, croyances et mythes ; j’ai aussi un projet d’anthologie ‘’ Florilège de la poésie comorienne de l’indépendance à ce jour.

Quand le sorcier mène l’enquête.

Sinon j’ai une histoire  inspiré de mon vécu de gendarme.  En effet c’est une réalité qui frôle la fiction. Alors jeune gendarme formé en Police Technique et Scientifique, j’ai eu à enquêter sur ma première scène de crime d’un enfant abusé et tué au marigot de Moroni en 1987, derrière le port. Muni de ma mallette contenant le matériel d’investigations criminel pour me rendre sur la scène du crime je me suis vu rappeler à l’ordre par mon commandant de compagnie, qui a estimé que le sorcier du village voisin, fera mieux l’enquête que les instruments conçus par des blancs qui ne connaissent rien de la réalité comorienne……

JOAL: Quel regard portez-vous sur la littérature comorienne ? Elle a des beaux jours devant elle. Il y a des talents qui naissent de plus en plus mais ce qui manque c’est un encadrement, des conditions de motivations. Il faudra dépoussiérer cette politique culturelle. Que peut bien faire un directeur de la culture ou son ministre quand le budget de l’Etat n’estime pas nécessaire de prévoir les faciliter de fonctionnement ? La plus belle femme du monde ne peut donner que ce qu’elle a. Il faut soutenir le C.C.A.C – Mavouna et les CLAC ainsi que les structure à l’instar de JOAL, qui se vouent à l’épanouissement de notre culture. Il faut valoriser nos talents bon nombre d’entre eux nous reviennent avec des distinctions mais ne sont aucunement pas considérés dans notre pays. Il est temps de créer la médaille nationale des Arts et des Lettres qui reste un éternel projet des différents gouvernements successifs.

JOAL: Un dernier message à vos lecteurs ? Ce sont  eux qui motivent la créativité et sans eux mon écriture n’aurait aucun sens. Ce sont leurs messages affectueux que je reçois de temps en temps qui me poussent et ce sont ces messages de considération qu’ils me témoignent ou que je retrouve dans mes livres d’Or à chacun de mes prestations littéraires et/ou artistiques que relis à mes moments difficiles, à mes heures de spleen. Je tiens à leurs remercier. Une mention spéciale à ces enseignants des collèges comme de l’Université grâce auxquels mes textes sont étudiés. Je leur exprime ma gratitude. Je perçois le retour de leurs étudiants qui me prouvent de la considération. Sans ces enseignants, ces professeurs, nos éditeurs, nos libraires,  à quoi auraient elle servie notre littérature. Et enfin ma reconnaissance va aux animateurs et responsables des Centres Culturels, de loisirs et  de lectures c’est eux qui suscitent les rêves de ces jeunes, c’est grâce à eux si les flammes de la littérature continuent de briller et que les brindilles  ne s’éteignent pas. A toute l’équipe de JOAL je vous remercie de tout mon cœur.

27 Sep 2016

Regard biaisé en version e-Book

A toutes et à tous bonjour,

Heureux de vous faire part de la disponibilité du recueil ''regard biaisé'' en version (électronique) eBook aux adresses ci-après:

Quelques exemples :

Apple : https://itunes.apple.com/fr/book/regard-biaise/id1156342867?mt=11&ls=1

Kindle : https://www.amazon.fr/dp/B01M0I3F1E

Kobo : https://store.kobobooks.com/fr-fr/ebook/regard-biaise

Google : https://play.google.com/store/books/details?id=1tYZDQAAQBAJ

Fnac : http://www.fnac.com/livre-numerique/a10112136/MAB-Elhad-Regard-biaise#FORMAT=ePub

Et au plaisir de vous voir revenir avec vos appréciations, critiques constructives, observations et remarques. Avec mes remerciements anticipés,Cordialement,

MAB Elhad

 

07 Jun 2016

Nuit preneuse (par Malcolm de Chazal, Qui erre d’étoiles en étoiles

Ce soir,

J’ai dérobé de ton île

Le secret totem, Malcolm !

 

La mer comme un drap de cristal

Sur le lit du désir s’étend.

Macumba, la noire déesse

Du plaisir et du rythme

A prêté ses mains

Comme un galop de jument

Sur le ventre tendu

Du tam-tam.

Aux profondeurs de la nuit,

Il faut sacrifier sept vierges

Aux seins fermes aux corps de liane

Aux murmures du vent dans les filaos

Il faut sept vierges

Sautillant comme des gazelles

Sur l’innocence de leur âge

 

A la gerbe d’étoiles sous la voûte céleste

Il faut sacrier sept vierges

Les cheveux suspendus aux baisers du vent,

Les pieds comme des racines

Plongeant dans les entrailles,

Dans la chair de la chair de la terre de l’île

Gémissant dans l’attente des nobles noces

De la paroles semée aux quatre vents

Pour que demain, demain, germe

L’apaisement des sens

Comme du miel offert à la peau nue

Pour calmer les brûlures du temps qui passe

Et du silence qui se tait, guettant comme un guépard

Le futur nuptial des sept vierges de la nuit,

Aux pas de danse suspendus,

Dans la mémoire d’une Macumba d’envie, qui sait,

Qui sait la frénésie des corps et des sens

Depuis l’éternité profonde et noire

Du Gondwana !

Origine des origines

Continent d’érection

Du désir-vie.

 

Aboubacar Said Salim

Le 25/09/02 à la plage de la Preneuse Maurice.

22 May 2016

Regard biaisé par Mohamed Rouhaymat

‘’Regard biaisé’’ est un recueil réunissant des épreuves de la vie, des moments de doute et de questionnement comme ‘’Entre le temps et l’espace ‘’ mais aussi de rêves et d’errances comme dans ‘’le voyage’’choisis au travers des textes variés, imprégnés d’émotions, mêlant méditations et c’est ici le cas dans cette ‘’méditation crépusculaire ‘’ou le poète se remet en question.
De même l’auteur promeneur solitaire et photographe, pose un regard sur le paysage de son pays et nous fait partager les sensations qu’il éprouve dans ses promenades pédestres et ses explorations ; mais aussi nous interpelle dans ses instants de contemplations. Il suffit de lire les poèmes ‘’un Haïku pour Moroni atneight’’ ou encore dans ‘’L’air du temps’’ où l’auteur a fait le choix d’un ‘’Lai’’ style poétique du XVIIe siècle pour nous faire découvrir la ville d’Iconi.

Les thèmes abordés par les textes varient, prenant un ton tantôt sérieux comme dans ‘’Paix ‘’;‘’ Non je ne regrette rien’’, mais aussi ‘’Entre le temps et l’espace’’ de même que ‘’Post mortem’’ en hommage à son Maître Jean Bernard Toinette ; et où il s’interroge sur le sens et les leçons de la destinée vis-à-vis de la mort.

De même le mal-être, apparaît dans les poèmes ‘’ Le teigneux’’ et à ‘’mon ami Gouachi’’ auquel resurgit un sentiment dramatique. Toutefois on est séduit par ailleurs par la gaité des textes tels que : ‘’ Le navire ivre ; Nuit sacrée ; sursis de l’orgueil ; vague à l’âme’’ etc… plus tendre dans cette expression du sentiment à l’endroit de l’amour.
Les amoureux du slam ne sont pas laissé pour compte puisque ‘’Entre le temps et l’espace’’ sous-titre du livre, est du style emprunté à ce nouveau genre d’expression, poétique contemporaine.
Composé d’une quarantaine de poème dont dix-sept traduit en anglais ‘’Regard biaisé’’ cherche à voir les choses autrement et c’est ce que je vous laisse découvrir.
 

                                                                                        

MAB Elhad au Printemps des poètes 

Poète éclectique, son inspiration surplomb le quotidien qu’il côtoie, l’amour forcement, et la femme évidement…

MAB Elhad est multiple : Gendarme, poète et/ou artiste calligraphe et photographe, au choix, sinon les deux à la fois.

Il est l’un ou l’autre, et passe de l’un à l’autre.

Archipel n°199 du jeudi 8 Avril 2004
Titre : Regard biaisé
Auteur : MAB Elhad
Éditeur : Iggybook /Hachette
Lighting Source : UK Ltd
Milton KEYNES UK
UKOW04f0335150316
1138UKFR00004B/35/P
Catégorie : Poésie
Format : 107 pages
Dimensions (cm) : 21 x 13,5 x 0,5.2
Dépôt légal : Mars 2016
ISBN : 978-2-36315-525-2

Le livre est disponible sur commande aux adresses des sites de librairies en ligne tels que (Amazon, Chapitre, Alapage,etc…) ainsi que sur la page du site de la maison d’édition de l’auteur (mabelhad.ggybook.com) et est en dépôt dans quelques librairies de Moroni et à Mayotte notamment :
– Le Paradis des livres ;
– Nouveauté (à côté du Restaurant Le Select) ;
– Librairie de Passamanti

Quelques références sur l’auteur :
https://mabelhad.wordpress.com/
http://mabelhad.iggybook.com/fr/
poetes-de-la-lune.over-blog.com/

– Vous pouvez trouver d’autres infos et mes actualités sur :
https://www.facebook.com/MABElhad

24 Mar 2016

Poésie comorienne par Saindoune Ben Ali Africulture

LITTÉRATURE COMORIENNE Récurrences et sociohistoireSaindoune Ben Ali - Djando la waandzishi - See more at: http://www.africultures.com/php/?nav=article&no=11588#sthash.2bJnVF3v.dpuf

Les obsessions d'une littérature. Thématiques et hantises dans le paysage littéraire des Comores. Saindoune Ben Ali, poète et membre fondateur du collectif Djando la Waandzishi, s'interroge sur le rapport entretenu par ses concitoyens écrivains avec l'histoire, leur histoire.

L'évidence des indices d'historicité travaille dans l'écriture littéraire comorienne de cette dernière décennie, avec une telle insistance, avec une telle prégnance, qu'elle donne toujours lieu à des questionnements, quant à leur acception, et surtout, leur pertinence, en tant que matière semblablement constitutive d'un imaginaire ou seulement d'une poétique littéraire. Nombreux, en tout cas, sont les œuvres d'auteurs comoriens qui, au-delà des différences scripturales ou stylistiques, interrogent les mêmes thématiques, et restent traversées par une perspective quasi identique d'une lecture de l'histoire, d'une littérarisation de l'élément historique.
Déjà dès 1985, avec La République des imberbes (1), Mohamed Toihiri lance les premiers coups contre la fenêtre de l'Histoire. Interprétation, traduction, esthétisation. Tout ce qui renvoie au miroir biface des signes, aux expressions les plus diversifiées amplement récupératrices de ces zones de la perception et de la représentation, de la dimension socio-politique et de la réalité historique, en passant par En un cri silencieux (2) de Baco Abdou Salam, parLe Bal des mercenaires (3) de Aboubacar Said Salim Aboubacar, par le truchement paradoxal de la première publication d'une œuvre en langue française, simple transcription de contes et de légendes, disons - ? - qui n'est qu'une haute référence déjà aux traditions du passé, manière de dire l'élément historique, symboliquement à valeur expressive.

Et même dans ce que l'on peut considérer comme étant la poésie majeure et le théâtre de la littérature comorienne, nous dégageons la même constance, cette présence de l'historique fonctionnant tel un personnage intégral dans les écritures. La récurrence du sociohistorique, définie ici comme un motif devenu obsessionnel, conscient ou inconscient, qui mobilise toutes les perceptions telles un filtre sans lequel rien ne peut trouver son expression. Effectivement, si ce n'est pour traiter des violences politiques, ce sont les lamentations d'une amputation géographique et de ses corollaires qui parcourent les pages, comme incapable de se désincarner, de ne s'ébruiter que dans les fictions, elles-mêmes loin de pouvoir figurer un réel quelconque. (...)

Cette littérature ne pose pas directement le problème d'un rapport à l'Histoire. C'est en creux qu'elle procède dans une quête de compréhension des présences, abîme de références et d'interrogations troublantes, source de réalités imperceptibles, car par trop imbriquées. Cette tentative d'approcher un réel qui semble, à lui seul, dicter comportement, vision du monde, aveuglement, perdition, errance, schizophrénie, et autres troubles de tout ordre, se repère chez bon nombre d'auteurs comoriens, cela à l'origine de cette exploration. Alors, d'une part, nous déterminerons quelques thématiques récurrentes, celles en relation avec l'histoire passée ou présente, d'une autre, tout en tentant de cerner l'acception de ses récurrences, il s'agira de trouver les raisons faisant de certains thèmes une véritable obsession littéraire, voire imaginaire.

Écrit du revers de l'Histoire.

Toute lecture réflexive de la littérature des Comores met de facto le lecteur en présence d'une chose absente marquée du sceau de l'antérieur (en paraphrasant ainsi P. Ricoeur.). Oui une chose absente qui demeure pourtant au cœur de la trame des écritures, une chose qui traduit une forme de détournement, un déplacement d'angle de vue, un renouvellement de posture quant à la lecture de l'histoire et surtout des événements constitutifs. L'auteur cherche non à établir une véracité ou une fidélité de quoi que ce soit, mais à donner du sens à l'historique, semblablement, cause de ses malheurs présents, il s'y emploie. C'est un processus consistant à lire l'histoire à l'envers, soit avec les outils de la dérision, soit avec l'affectation d'un sérieux ne pouvant arriver à la hauteur d'une véritable historiographie officielle. Et ceci est lisible dans les œuvres des pères de cette littérature.

Avec Toihiri, les deux romans - Le Kafir du Karthala (4) et La République des imberbes - construisent leurs intrigues respectives en puisant dans l'histoire. Le premier évoque la situation de l'intellectuel militant dans une société dont la capacité de compréhension se heurte à l'éternelle problématique de l'ouvert et du fermé, du traditionnel et de l'évolué, je voulais dire du moderne. Le second est une parodie acerbe de la période révolutionnaire des Comores. On le voit, dès les premiers jours de cette littérature, l'historicité opère dans l'écriture. C'est encore beaucoup frappant chez un auteur comme Aboubacar Saïd Salim. Celui-ci verse dans ces romans les expériences collectives d'une génération ayant joué un rôle capital dans l'histoire politique de l'archipel. Les titres parlent d'eux-mêmes : Le Bal des mercenaires nous plonge au cœur d'une période très marquante, celle d'une dictature despotique portée par une bande de mercenaires sans âmes s'acharnant sur l'opposition, perpétrant des persécutions horrifiantes, des exécutions intimidantes, les emprisonnements arbitraires n'étant qu'une forme de survie - que l'auteur connaît comme le reste du peuple. La même veine alimente les écrits d'un Martial Alain-Kamal et d'un Nassur Attoumani.

Mais la polarisation historique n'est pas à lire comme un étouffement, une saturation de l'imaginaire par le fait historique, ni comme un surplus faisant que l'écrivain demeure dans la recherche d'une reconnaissance absurde et quelconque de la mémoire en partage, de souvenirs fâcheux qui présideraient à la vision du monde, c'est une démarche créative. Un besoin d'historicité littéraire : cette littérature s'écrit depuis un passé assumé. La matière historique se saisit comme l'élan par lequel l'auteur s'installe dans le présent pour penser l'être-de-l'homme-ici. Bref, il s'agit de l'appréhension de l'être-là que l'on veut cerner dans toutes ses dimensions, dans le temps et dans l'espace. On le sait assez bien, cette première démarche de littérarisation de l'histoire prend sens dans une volonté d'affirmation de l'originaire, façon de définir une identité avant tout. Les carcans d'une histoire véritable sont sans intérêt aucun. Quand on lit les œuvres d'un Salim Hatubou, par exemple, on comprend le pourquoi du recours obstiné aux thématiques du conte populaire, cette parole collective, à la fois source et patrimoine légués. Salim Hatubou affirme donc, par cette stratégie de poétique littéraire, une identité personnelle et littéraire. L'observation de la société se fait au prisme d'une histoire visitée à l'envers. Ceci s'explique par une volonté de capturer un présent fuyant et ambigu, qui semble dépourvu de toute validité, d'autant plus que l'homme a perdu toute prise sur le réel. Ce qui nous permet de rejoindre la vision de Bonnet Véronique, lorsqu'elle parle d'un surcroît de littérarité, ou bien, pour reprendre une expression plus explicite de Elikia M'Bokolo, se rendre compte d'une historiographie des processus travaillant dans l'écrit littéraire, ou travaillée par le littéraire comme signe biface, un espace qui se remplit par sa propre viduité, où prend forme toutes les théories de création et d'esthétisation.

En ce sens, La République des imberbes de Toihiri se présente comme un miroir donnant à lire l'Histoire par un regard volontairement orienté, n'ayant qu'un sens, une réponse fictionalisée, figuration d'une mentalité en quête d'assurance, quand par les présences événementielles tout semble échapper. La littérature comorienne ne recourt pas à l'historique par lui-même ; ce dernier fonctionne dans le texte tel une dénonciation des obscénités de l'Histoire. Ce qui explique les difficultés discursives, chez bon nombre d'auteurs comoriens. En effet, le traitement de l'histoire dans les écritures dénote une sorte d'évitement de toute prise de position claire. Chez Alain-Kamal Martial et Nassur Attoumani, le rapport à l'histoire devient des plus troublants, car ces écrivains, tout en interrogeant les gangrènes historiques, les larmes brûlantes du passé, hésitent à aller au bout de leurs sujets. Tout se passe, dans l'œuvre, comme si "la tendance à brouiller" reste la seule voie d'une expression possible de ce qui corrompt la lisibilité du présent, défaillance de conscience ou simple peur de notre nudité. En tout cas, il y a un certain voilement choquant d'une façon ou d'une autre nos psychologies de lecteur. C'est un peu cette fuite du protagoniste du Kafir du Karthala qui trouve refuge dans la brousse, façon d'éviter un réel par trop insupportable.
 

Ou quand les présences brouillent

Dans la perspective des transcriptions de la réalité, sur un plan diachronique, les dix dernières années nous ont offerts à lire des œuvres dans lesquelles se dégage une permanence thématique. Il s'agit d'une véritable hantise, reflet d'une nausée semblablement à l'origine de l'acte d'écriture. L'évocation ouverte ou ourdie d'une tragédie préoccupante, un génocide à huis clos, laminant les esprits, au point de ne laisser personne dans l'indifférence : le supplice des noyés. Mais c'est là une sorte d'horreur que l'on ose à peine observer en face. Une de ses obsessions dont la seule conscience de sa présence, de sa réalité, suscite des malaises, suffit pour brouiller toute représentation. La volonté de figuration réserve au lecteur des découvertes des plus inimaginables. Notre dramaturge, Alain-Kamal Martial, n'est-il pas tenté par la répercussion, même verbeuse, de la tragédie dans sa pièce Épilogue des noyés ? (5) - On ne formule qu'un reproche, l'absence d'une position prise et claire de la part de Martial.

Il est un paradoxe toutefois notable qui interpelle d'un point de vue anthropologique et ontologique. Tout se passe comme si le poids de l'historicité enlèverait aux vivants les possibilités d'un discours nommant le tragique existentiel dans sa permanence quotidienne. Est-ce là une explication plausible de l'attitude de certains écrivains, usant de l'art des détours, un verbiage malencontreux, pour approcher la monstruosité d'une situation à la lisibilité décapante ? Plus d'un écrit de Nassur Attoumani procède par évitement, si ce n'est pour faire parler les absents, les morts. La même stratégie de littérarisation demeure au cœur de la littérature de quelques collègues : nous nous référons ici à deux pièces assez intéressantes dans ce sens qu'elles constituent des modèles de pan de notre littérature : Interview d'un macchabée (6) et Épilogue des noyés.

Au-delà, c'est du côté de la poésie que des voies paraissent des plus originales sur le sujet. Peut-être, la poétique doit être pour quelque chose du fait de ses exigences discursives et ses capacités d'élaboration langagière. Derrière un monde de violence sans moralité aucune, la poésie se révèle une parole dont l'exigence ne répond qu'à une certaine prise de responsabilité. La poésie vient des profondeurs, avec cette conscience obscure des profondeurs, ce qui lui permet d'aller droit au but, au-delà de toute forme de rhétorique. On comprend mieux pourquoi la tragédie trouve sa haute expressivité dans la poésie. Quelques poètes comoriens ont su parler, contre les semblants de l'immédiateté, de cette réalité d'un autre monde à venir, ne rassurant personne. Souvent, ils ont recours à une écriture multilingue. L'un des grands représentants de la poésie comorienne, Sadani, s'efforce dans son recueil Sania (7), avec intransigeance et une certaine hauteur, de traduire la relation complexe tissant les différents épisodes de la tragédie. Pour ce faire, le poète développe dévoile le fonctionnement mental, les tendances fatales constitutives d'une sorte de mariage déjà excellemment analysé par A. Memmi dans son fameux Portrait du colonisé, portrait du colonisateur (8).

Pour Sadani, la compréhension de l'héritage historique permettrait d'aller jusqu'au bout de la conscience de notre problématique existentielle. Ce qui donne à entendre une lecture renouvelée de l'historicité. Ce n'est point le catalogue de simples faits du passé, il s'agit d'établir leur plein sens, afin d'en rendre la perception possible. La tragédie se jouant entre Maoré et Ndzuani, dans l'archipel des Comores, rappelle donc celle d'un Roméo et Juliette, une histoire d'amour meurtrier. C'est à la fois charnel et sourdement violent, comme des meurtres d'alcôve que l'on ne raconte que sous les draps du silence. Trop aimer, c'est également trop subir jusqu'à la disparition complète de soi et de l'objet d'amour. Cette tendance narcissique signifie l'absence de retenue dans l'élan aveugle qui finit par banaliser tout, même la mort. Ce qui peut se lire, chez Sadani, comme une dépersonnalisation, une perte d'humanité.

Un autre poète, abordant la même problématique dans un autre angle, introduit une autre perspective dans la considération de l'historicité comme clef de lecture du présent. Mohamed Anssoufouddine, auteur de Paille-en-queue et vol (9). Entre lucidité d'une quête et mélangue assumée, la poésie livre une nouvelle modalité d'écriture ouvrant sur une perspective originale de l'historiographie. La poésie est devenue un espace des convergences. L'Histoire des Comores n'est que la somme des histoires de tout l'océan indien. Des fragments des langues indo-océaniques scandent l'écriture poétique pour témoigner de l'unicité historique des peuples de cette région. Pour souligner, d'une certaine façon, l'absurdité de la tragédie comorienne, le poète mobilise quelques motifs de l'historiographie des présences. Ainsi l'histoire paraît fondatrice d'un sens mythique du monde. Et Anssoufouddine rejoint toute catégorie d'écrivains de la Lémurie, espace où les origines finissent toutes par se rencontrer, se confondre. Alors, derrière les mots, traîne la principale interrogation du poète : la tragédie comorienne admet-elle une justification morale quelconque dans la déshumanisation la plus sadique ? L'absence d'une conscience libre ne tient qu'à l'importance accordée aux seules apparences d'une histoire construite sur la désinformation et l'acculturation. Les poètes, Anssoufouddine et Sadani, ouvrent le chemin, en littérature comorienne, à des approches originales de l'Histoire.

Pour remonter les histoires

S'il y a donc un sujet récurrent de la littérature comorienne, c'est un peu l'histoire, amis avec un traitement particulier. Car il n'entre pas dans un processus de quête d'une mémoire à établir, ni non plus d'un passé à sauver de l'oubli. Elle fournit la matière d'une réflexion visant à renouer avec une vérité encore mal comprise. Parfois, par l'introspection l'auteur-acteur de l'histoire essaie de trouver, a posteriori, une signification au vécu. Objectivement, il est question d'une tentative de mise en contexte. Ce qui fait l'originalité de l'approche d'un romancier comme Aboubacar Saïd Salim avec La Révolte des voyelles (10) et Le Bal des mercenaires. Dans le premier, l'humour et l'ironie construisent une rhétorique littéraire rigoureusement basée sur une distanciation, entre deux temps historiques : le temps d'immersion totale dans les faits en tant qu'acteur-témoin et le temps de littérarisation de ces faits. Ce qui s'est traduit dans la nouvelle par une tonalité parodique montrant combien l'auteur a acquis assez de recul pour juger, pour accorder un sens à l'histoire. Dans le second, peut-être, le vrai roman historique de la littérature comorienne, la stratégie narrative reste plus élaborée. C'est en mêlant les histoires qu'Aboubacar Said Salim, avec authenticité, dévoile l'Histoire. Effectivement, sur fond d'une intrigue amoureuse, le romancier raconte une de ces expériences douloureuses de tout un peuple. Moments où l'arbitraire se passe d'une nomination et même d'une caractérisation : la période marquée par la présence des mercenaires-dieux-des-îles ! Et loin des paradoxes de la véritable autofiction, le lecteur se trouve face à une hybridité, entre récit de vie et réflexion oblique, implicite sur l'histoire.

Sous l'artifice des narrations idéologèmes, c'est-à-dire susceptibles d'illustrer des hypothèses historiques interprétatives, la littérature échappe donc à toute caractéristique idéelle, ne se présente pas comme une simple et pure application scripturale. Elle témoigne d'un effort d'inscrire les écritures romanesques dans ce champ où réel et fiction participent au romanesque. Aboubacar Said Salim nous confronte à une esthétisation de ces vues littéraires qui rendent les frontières entre littérature et histoire plus fragiles. C'est André Brink, grand romancier sud-africain qui fait remarquer que dans "la fiction, l'implication, avec l'ampleur de l'expérience humaine inclut la vérité dans la totalité de l'esprit, de la mémoire, des rêves, de l'imagination et de la perception du monde".

On perçoit, alors mieux, la place et l'importance des écrits d'Aboubacar Said Salim en littérature comorienne. Sa position face à l'histoire fait qu'on ne peut pas lire ses romans comme de simples autobiographies d'auteur, mais comme des explorations de la vie, de notre être au monde. À ce niveau, l'hétérogénéité narrative choisie par la multiplication des histoires au sein d'un même texte trouve toute son explication. C'est encore le Sud-Africain qui, en connaisseur, souligne : "En construisant une fiction sur une base reconnaissable de la réalité historique, on augmente la possibilité pour le lecteur d'associer une histoire à certains aspects de sa propre vie".

Les nouvelles de Nassur Attoumani, Les Aventures d'un adolescent mahorais, sont parfaitement illustratives de tels propos. Au-delà d'une certaine naïveté de ton, le lecteur se reconnaît derrière les faits d'un passé expressif. Mais c'est plus dans les errances urbaines d'un Soeuf Elbadawi, dans les écrits de Moroni Blues (11), que cette réalité historique paraît plus reconnaissable de façon flagrante, même si c'est l'évocation d'une ville qui semble affichée, au départ, en tant que préoccupation originelle d'écriture. Cette quête des hamar, terme non éloigné des créolismes - amar des Réunionnais et amarres de cette francisation sous la plume d'un Édouard Glissant, donc de la Martinique - signifiant respectivement attache, ancrage, enracinement, semble être, en fait, celle de tout lecteur ayant connu les pérégrinations nocturnes ou diurnes dans Moroni. Il s'agit du blues d'une génération, chant coloré de la nostalgie d'un passé, d'un vécu, d'une histoire.

Sur les marges sombres de la littérature

Il existe également certaines œuvres considérées comme mineures, mais dont le traitement de l'historicité n'est point de moindre importance. La question reste seulement abordée d'un point de vue proche de l'ethno-sociologie. C'est le cas de la nouvelle de Nassuf Djaïlani, La Traversée de l'espoir, figurant dans le recueil Une saison aux Comores (12), ou encore du roman posthume du juriste Andhume Houmadi, Aux parfums des îles (13). Ces écritures sont la preuve tangible de l'intérêt des écrivains pour l'histoire. Même si, cette fois, la politique emboîte le pas à l'historicité. Les situations incongrues sont interrogées. Les auteurs déploient des efforts pour appréhender des réalités monstrueusement incompréhensibles. Des sortes de complexités qui plongent le lecteur dans les abîmes des consciences désorientées, incapables de s'assumer moralement et historiquement. La littérature touche ici aux problématiques des conséquences du néocolonialisme, phénomène qui rend, pour l'ancien colonisé, le monde totalement invisible, sans repères. Nous frôlons là la dissémination identitaire des sujets postcoloniaux.

Si dans sa nouvelle, Nassuf Djaïlani met plus l'accent sur les atrocités des violences de la crise séparatistes de 1997, il donne surtout à lire des personnes sans humanité, uniquement emportées par les vents de la violence. Et entre les lignes, plane la considération suivante, celle des blessures de l'histoire - comme l'ont stigmatisée Faurec et les autres. Le titre de Andhume Houmadi a quasiment des accents d'ironie. L'auteur, en se penchant sur les mêmes événements, opère un détournement expressif. Les Îles aux parfums dégagent des relents nauséeux. Comment une situation honteuse peut-elle dégager autre chose que de la répugnance chez une conscience debout à la racine de l'histoire ? On ne doit pas occulter le passé, de militant actif et de politique engagé, du romancier dans l'émancipation de son peuple.

Pour tout cela, la littérature est prétexte pour répondre à une urgence. Face à l'émergence de l'impensable, de l'informulable, la prise de parole doit être tenue et analysée comme on le ferait d'une condition existentielle. En effet, le monde de référence, celui que l'on jugeait solide, en s'écroulant, exige de la part de l'intellectuel une réaction en conséquence. Pour tenter de vaincre le vertige, pour éviter le sentiment l'opprobre. Fort heureusement, la désacralisation de la politique a laissé place à la narration et aux intrigues, ce qui n'induit pas, de notre part une position quelconque quant à la qualité littéraire des textes de nos deux auteurs.

1. Editions L'Harmattan.
2. L'Harmattan.
3. Éditions Komedit.
4. L'Harmattan.
5. Éditions IstaMbul.
6. L'Harmattan.
7. Éditions Cœlacanthe.
8. Buchet/Chastel.
9. Komedit.
10. Éditions A3.
11. Aux éditions Bilk & Soul, Komedit et De la Lune.
12. Komedit.
13. Komedit.

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22 Mar 2016

Regard biaisé

‘’Regard biaisé’’ est un recueil réunissant des épreuves de la vie, des moments de doute et de questionnement comme ‘’Entre le temps et l’espace ‘’ mais aussi de  rêves et d’errances comme dans ‘’le voyage’’choisis au travers des textes variés, imprégnés d’émotions, mêlant méditations et c’est ici le cas dans cette ‘’méditation crépusculaire ‘’ou le poète se remet en question.

De même l’auteur promeneur solitaire et photographe, pose un regard sur le paysage de son pays et nous fait partager les sensations qu’il éprouve dans ses promenades pédestres et ses explorations ; mais aussi nous interpelle dans ses instants de contemplations. Il suffit de lire les poèmes ‘’un Haïku pour Moroni atneight’’ ou encore dans ‘’L’air du temps’’ où l’auteur a fait le choix d’un ‘’Lai’’ style poétique du XVIIe siècle pour nous faire découvrir la ville d’Iconi.

 

Poète éclectique, son inspiration surplomb le quotidien qu’il côtoie, l’amour forcement, et la femme évidement…

MAB Elhad est multiple : Gendarme, poète et/ou artiste calligraphe et photographe, au choix, sinon les deux à la fois.

Il est l’un ou l’autre, et passe de l’un à l’autre.

Archipel n°199 du jeudi 8 Avril 2004


Les thèmes  abordés par les textes varient, prenant un ton tantôt sérieux comme dans ‘’Paix ‘’;‘’ Non je ne regrette rien’’, mais aussi ‘’Entre le temps et l’espace’’  de même que ‘’Post mortem’’ en hommage à son Maître Jean Bernard Toinette ;  et  où il s’interroge sur le sens  et les leçons de la destinée vis-à-vis de la mort.

 

De mêmele mal-être, apparait dans les poèmes ‘’ Le teigneux’’ et à ‘’mon ami Gouachi’’ auquel resurgit un sentiment dramatique. Toutefois on est séduit par ailleurs par la gaité des textes tels que : ‘’ Le navire ivre ; Nuit sacrée ; sursis de l’orgueil ; vague à l’âme’’ etc… plus tendre dans cette expression du sentiment à l’endroit de l'amour.

Les amoureux du slam ne sont pas laissé pour compte puisque ‘’Entre le temps et l’espace’’ sous-titre du livre, est du style emprunté à ce nouveau genre d’expression, poétique  contemporaine.

Composé d’une quarantaine de poème dont dix-sept traduit en anglais ‘’Regard biaisé’’ cherche à voir les choses autrement et c’est ce que je vous laisse découvrir.

 

 



Titre : Regard biaisé

Auteur : MAB Elhad

Éditeur : Iggybook /Hachette

Lighting   Source : UK Ltd

Milton KEYNES UK

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1138UKFR00004B/35/P

Catégorie : Poésie

Format : 107 pages

Dimensions (cm) : 21 x 13,5 x 0,5.2

Dépôt légal : Mars 2016

ISBN : 978-2-36315-525-2


Le livre est disponible  sur commande aux adresses des sites de librairies en ligne tels que (Amazon, Chapitre, Alapage,etc...) ainsi que sur la page du site de la maison d'édition de l’auteur (mabelhad.ggybook.com)  et est en dépôt dans quelques librairies de Moroni et à Mayotte notamment :

Le Paradis des livres ;

Nouveauté (à côté du Restaurant Le Select) ;

Mayotte


Quelques références sur l’auteur :

https://mabelhad.wordpress.com/

http://mabelhad.iggybook.com/fr/

poetes-de-la-lune.over-blog.com/


- Vous pouvez trouver d'autres infos et mes actualités sur :

https://www.facebook.com/MABElhad

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